Wednesday, May 27, 2009

L'Oscar (Nouvelle Formule)

Il y a un an jour pour jour, nous décernions l’Oscar du meilleur Bar de Blok M à l’Oscar Pub, pour l’ensemble de son oeuvre, son héroïsme militant et résistant face a la nakalite environnante. Présent depuis le début des années 80, ce Pub était en effet le dernier attribut de la scène Rock jakartanaise, qui fit les beaux jours de la nuit a Blok M il y a une vingtaine d’années.

Ayant appris qu’il avait été rénové depuis plusieurs mois déjà, c’est plein de curiosité, mais aussi avouons le un peu d’appréhension que je suis parti tester l’Oscar « nouveau concept » samedi dernier.

Et c’est avec le cœur gros et une larme de nostalgie au coin l’œil que je me dois de rendre ce verdict Nietzscheen: L’Oscar est mort, emportant avec lui l’esprit qu’il incarnait…Elvis Wijaya ne s’y est pas trompe et a déserté lieux, personne ne l’a vu depuis des semaines…Un monument de Jakarta nous a quitte, dans l’oubli général, sans même un dernier hommage…

De l’Oscar Pub, cet endroit insipide et sans personnalité n’en a plus que le nom…en fait le nouveau concept hésite entre deux mondes complètement inconciliables: le Blok M des années 80, et le Blok M version My Bar

Sur les murs, des posters des Rolling Stones, Jimmy Hendrix, Tina Turner, Joe Dassin, etc…et au milieu de la salle, un énorme podium avec des barres en acier comme dans le métro ou dans les bars ou des dames vêtues de ficelle font des acrobaties…je suis perplexe…pour l’instant il y a un groupe d’adolescents Indonésiens qui interprètent des classiques du rock a leur manière, avec leur vocabulaire…ils ont du apprendre l’Anglais avec Tukul…je me dis qu’Enter Sandman est probablement, avec Hotel California, l’une des chansons les plus communément massacrées dans les bars live et karaoke d’Asie (les chansons de Bon Jovi, ca compte pas)…

Le groupe prend son break, un DJ prend maladroitement le relais…ça me rappelle le V2… je suis doublement intrigué et inquiet… va-t-on voir arrivage de filles du Club 36 déferler et se ruer sur ce gigantesque podium ?

Mon voisin de table vient ici tous les week-ends depuis le début des années 80, il ne cesse de répéter que la nouvelle version de l’Oscar, il aime pas, la musique lui fait mal a la tête…mais ça fait 25 ans qu’il vient et il sait pas ou aller… il me dit : « de toute façon, c’est n’importe quoi… regardes, le patron a fait installer un podium a strip-tease mais il veut pas payer de danseuses »… c’est exactement ça, le Nouvel Oscar c’est la voie du milieu, un demi chamboulement radical; les murs d’un bar Rock, mais on ne se donne pas les moyens d’avoir un vrai groupe…un podium a strip tease, mais on ne se donne pas les moyens d’y mettre des danseuses…

Ca y est, je m’ennuie, assis la a regarder les photos sur les murs en me faisant agresser par de la mauvaise house musique…c’est vrai que la musique fait mal a la tête…mon regard désabusé se bloque finalement sur le podium, immense et vide…jusqu'à qu’une vieille pute de 45 balais ne monte finalement gesticuler de façon complètement désarticulée autour du poteau…mon voisin me dit : « la pauvre, ça fait 20 piges que je viens ici, et elle est toujours la… ». Dans l’ancien Oscar, c’était pas choquant de la voir…ici, c’est très dur…

C’en est trop, le bar ne mérite plus son Oscar du meilleur bar middle-low class de Jakarta, je subtilise la statuette et file la poser au dessus de la machine a fléchette du Dyna Pub, une valeur sure, une taverne chaleureuse qui n’est pas prête de nous décevoir…un peu de stabilité et de constance dans cette ville de fous, ça fait du bien…Si dans un an le Dyna Pub mérite encore cet hommage, c’est décidé, je lui remet la récompense suprême, un CD original de "Pepito mi corazone"…

Monday, November 17, 2008

Le jaipongan de Jatinegara: exode fantasmagorique en pays Sunda

Le Stadium est un accomplissement… qui n’intervient qu’après un long processus d’apprentissage de la nuit à Jakarta. L’appréhender d’emblée, sans histoire, sans passé, lui ôterait une bonne partie de sa valeur. Il n’est pas a-historique. Il n’est que le prolongement de l’histoire pervertie de la mégalopole. Et avant, il y a … le Jaipongan de Jatinegara !

Il est des lieux perdus, pourris, isolés, crades, qui sont régulièrement décrits et commentés dans ce blog. A juste titre. Ils sont la colonne vertébrale de la ville. Sa soupape de sécurité. L’envers de la politesse récurrente des Jakartanais (comparé à Douala…). Une des facettes de son économie souterraine. Ils sont le moyen de devenir amok sans mettre le feu à son voisin (quoique…). De se rebeller contre un mariage arrangé. De créer de la valeur au foncier 24 heures sur 24 (il arrive aussi que les garages de voiture se transforment en restaurants la nuit après la fermeture pour rentabiliser, à Bogor par exemple !).

Certains de ces lieux sont connus parmi les initiés. Certains s’affichent. D’autres se vendent, vulgaires, en appliquant les recettes bien connues : bières chaudes, techno inepte, déshabillés invisibles, lumières tamisées, hôtesses clonées, etc. Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est un lieu résistant qui reflète les traditions indonésiennes dans la capitale urbaine, pauvre, riche et dévoyée, obsédée, souvent ridicule. C’est la manifestation nocturne de la culture austronésienne, militante, en-dehors du dangdut emprunté aux indiens et mis à toutes les sauces : cérémonies, mariages, sunatan, évènements sportifs, télévision, etc.

A l’arrière d’un ojek (moto-taxi), vous naviguez entre les bemo et les Kijang, les terminaux de bus des alentours de Kampung Melayu, et vous vous rendez à la station de train de Jatinegara. Pourquoi ? Parce qu’un ami indonésien vous a dit que se déroulait ce soir la fête du jaipongan, un truc à ne pas rater puisque l’on s’intéresse sur ce blog aux manifestations culturelles locales (ben oui). Mais c’est où ce truc ? On est au milieu de nulle part là ! Mais si, tu vois le parc là-bas ? Et ces échoppes sur la droite où des gosses se dandinent sur de la musique… dangdut ? Tu tournes à gauche juste avant, et tu traverses la voie ferrée. Regarde quand même un peu des deux côtés, les barrières ne marchent pas à tous les coups ! Et après ? Après, tu prends la ruelle à droite (y a pas de lumière c’est pas grave, ce ne sont que des dépôts d’armes « illégaux »), et tu continues, doucement…

Et là ? Là, vous voyez ce qui va vous obséder des mois durant. Vous voyez une scène de spectacle, puis une deuxième scène de spectacle. Colorées. Agitées. Bruyantes et saturées. Surélevées, avec bien sûr le petit tissu de batik par en-dessous. Pour faire classe. Et dessus ? Dessus, des danseuses engoncées dans leurs habits traditionnels, des kebaya bien serrés, des roses, des jaunes, des bleus… fardées à l’extrême, avec des coiffures incroyables sur la tête, des chignons hallucinants. Et des musiciens, des joueurs de gamelan, de suling, d’angklung, de gong… Et la mama-ibu de tout ce petit monde, entre deux âges, assise au bord de la scène, surveillant ses élèves… et ses clients, tançant les habitués pas assez prompts à balancer des pourboires dans le corset des chastes danseuses.


Il faut vous attabler, vous poser sur ce petit banc de bois à quelques mètres où vous attend un moustachu (ben oui, il est indonésien), commander « bintang satu ! », ne pas faire attention aux détritus tout autour, à l’odeur nauséabonde. De toutes façons vous êtes en sécurité puisque vous êtes sous le pont qui soutient… l’autoroute ! En fait non, vous êtes en pays Sunda (Ouest de Java) et vous n’allez pas en partir de sitôt. Vous en avez pris pour un bail en fait. Vous vous en doutez un peu parce que vous ne pouvez détacher vos yeux de ces sinden (danseuses), aux formes parfois rebondies, parfois très jeunes. Mais surtout maquillées jusqu’à l’impossible après des heures de préparation.

Des heures de préparation pour… quelques gars déguenillés en savates, élégants et l’air de n’en avoir rien à foutre, un sourire béat au coin des lèvres, esquissant quelques passes de pencak silat, l’art martial local qui paraît bien peu martial dans ce contexte évasif ! Si leurs jambes traînent à l’abandon et s’adonnent librement à quelques enlevés-jetés assez mous, en revanche leurs bras sont vite saisis au passage par la chanteuse accroupie au bord de la scène. Normal, puisque quelques billets de mille roupies dépassent de leurs poings serrés. En revanche la main innocente, une fois agrippée, ne lâche pas prise aussi vite et l’on assiste ainsi à des « poignées de main » interminables pouvant durer plus de temps qu’il n’en faut pour vider sa bouteille de bintang ! La poignée de main n’est perdue pour personne d’ailleurs, car la chanteuse a vite fait de repérer au passage la prochaine victime (bien consentante).

C’est enchanté que l’on assiste à ce ballet hors du temps, en suspension, irréel et pourtant bien ancré dans cette misère des bas-fonds de Jakarta. D’où vient que ce décor sale paraît si accueillant et confortable, que les voyous patibulaires des alentours semblent ici inoffensifs, que les bières chaudes ont un goût d’ambroisie, que la circulation de l’autoroute si proche devient silencieuse, que la petite scène se transforme en tremplin aux artistes, que les ivrognes titubants ont l’air de petits Bruce Lee d’opérette ? Ce n’est que la magie du jaipongan qui opère discrètement pour vous ouvrir les portes d’un monde d’harmonie parfaite. Cette magie s’exerçant grâce à la volonté du petit peuple de s’évader et de quitter la dureté quotidienne d’un sort malheureux. Cette magie créée aussi par les artifices des dukuns qui truffent littéralement de diamants les lèvres des sinden pour leur offrir une séduction irréelle, leurs yeux pour leur donner un regard langoureux, leurs jambes et leurs bras pour leur impulser des gestes admirables de grâce, leurs poitrines pour les rendre attirantes et sensuelles. Pauvres créatures, ces sinden, qui devront recourir aux services de ces mêmes dukuns pour leur enlever ces diamants une fois leur carrière accomplie. Sinon, elles risquent plus terrible que la mort, l’absence même de mort et l’agonie éternelle. Une sinden dont le dukun attitré n’aura pas retiré ses diamants magiques sera en effet incapable de trépasser et devra errer indéfiniment entre la vie et la mort…

Il est tard, le spectacle se termine et les sinden se retirent emmenées par leurs becaks vers quelque destination inconnue. Il vous faudra vous plonger dans l’extase de ce spectacle inimitable, jusqu’à la fin, pour savoir le lieu de leur retraite et espérer, peut-être, échanger quelques mots doux et des caresses inespérées, hors d’atteinte… à moins que vous ne décidiez de remonter sur votre ksatria pour vous diriger vers le stadium, un tout autre univers…

Thursday, October 2, 2008

Crazy Night in Surabaya

Devant les innombrables e-mails de provinciaux se plaignant du Jakarto-centrisme de nos investigations culturelles nocturnes, j'ai décidé de plier a la vox populi, et tel vishnu me suis envole sur mon garuda en quête de sensations made in daerah…direction Surabaya.

A Surabaya, on dit Suroboyo…en fait a Java, on a tendance à remplacer les « a » par des « o », comme dans le Nord Pas de Calais… Le rayonnement de la culture chti n'a semble t'il pas de limites…enfin bref, trêve d'apartés linguistiques et de fantaisies sémantiques, Surabaya c'est la troisième ville du pays après Jakarta et Dunkerque, centre économique de Java Est, avec une importante communauté chinoise. Qui dit chinois, dit club 36, Sun City, Alexis, etc.

Donc, vendredi soir, sur les conseils de Mr. X, direction la Tratoria pour commencer la soirée : la Tratoria a ferme…c'est le début de la fin pour Surabaya…Je demande a un gars de l'hôtel un endroit sympa pour manger et boire une verre, en lui disant que si c'est chinois, je prefere…il me recommande le Tri Star, en me le présentant comme le top du top de la crème brulee, un peu cher mais bagus…sur la façade : restaurant, bar, discothèque, karaoké…ca sent le Sun City…a l'intérieur, l'ambiance est tout autre. La salle est énorme, je compte soixante tables pour 9 personnes, plus un balcon, plongeant sur une scène de 20 mètre de long, avec une fausse façade victorienne en décors. L'endroit est étrange. Vendredi soir, 21h, on est deux… c'est la folie des grandeurs a l'indonésienne, ca me rappelle la piste de danse surdimensionnée de l'iguana, en encore plus exagéré. La salle est taillée pour un concert de Johnny - ou plutôt son mariage, car elle est décorée comme la salle des fêtes de Montluçon, avec la déception de voir Laurent Gerra à la place de Johnny.

Et le groupe alors ? Le groupe est entasse sur 3 m2 a l'extrémité gauche de la scène, pendant que le chanteur se sent seul, au milieu de la scène, a 10m de ses musiciens. Il est content de nous voir et demande une song request. Je demande Kucing Garon, il chante Bon Jovi, bon tant pis…puis il annonce la Bintang Emas (la golden star) du Tri Star…je pense que c'est sa mère, en chemise a paillettes et pantalon jaune, en effet elle brille de mille feux…notre présence semble également la ravir, elle essaie de communiquer, mais l'étincelle ne prend pas avec le public…elle se lance alors a corps perdu dans une performance scénique développée au fil d'une carrière que l'on devine longue, dure, et pleine de coups durs et de désillusions…ca ressemble a Georges Moustaki qui danse le Mia, avec quelques petits solos d'air-batterie intempestifs… « une song request ? » me demande t'elle avec un grand sourire…Oh oui, oh oui, chantes moi Enter Sandman de Metallica… Elle sourit comme un chauffeur de taxi qui dit « oui, je sais ou c'est », mais qui n'en a aucune idée…et elle chante une chanson en Japonais…tiens, on s'ennuie un peu…Je commence a me dire que vu la fréquentation de l'endroit, le poisson et les grenouilles qu'on nous a servis sont peut être aussi vieux que la Bintang Emas, je me sens pas très bien, mes amygdales tirent la sonnette d'alarme, il faut rentrer au plus vite…mon escapade se solde par un cuisant échec…mais n'abdique pas, Suroboyo, I'll be bock.

Saturday, July 26, 2008

Le Stadium : Une cathédrale sous les tropiques

Exact, vous avez déjà eu droit à une revue du Stadium. Alors pourquoi ENCORE une revue sur ce lieu de débauche ? Parce que c’est un lieu de légende (jusqu’à quand ?), une cathédrale satanique. Ne vous inquiétez pas, vous ne risquez pas d’avoir deux revues sur le Rétro, le red square ou le Bats…

Le Stadium se vit à plusieurs niveaux, en plusieurs étapes. Chacune de ces étapes vous prend aux tripes. Vos tripes s’agitent quand vous approchez du lieu par la Jalan Gajah Mada. Longue avenue qui démarre à l’emplacement de l’attraction touristique concurrente : le Monas, symbole phallique du pouvoir de Suharto (tiens, tiens…). Vos tripes encaissent quand vous distillez un peu de poison dans votre corps, sous des formes solides, liquides ou gazeuses. Puis elles se décomposent après quelques heures, quelques jours. Parce que des litres d’aqua stadium (eau minérale labellisée…) ont prolongé vos déhanchements, vos errements, vos frayeurs, vos extases jusqu’au bout de vos forces psychiques et physiques. Vos tripes agonisent, lorsque vous traînez votre corps épuisé à la lumière blafarde d’un triste après-midi couvert et lourd de Jakarta. Tristes tropiques... Elles seront finalement régénérées au cours de ce long sommeil salvateur qui suivra cet énième marathon dans le quartier de Kota.

Il est deux heures. La nuit. Après avoir passé en boucle l’album Lifelike, de Jeff Mills, en sirotant quelques vodkas kratindaeng (red bull indonésien), vous sortez. Vous glissez sur l’asphalte, couché sur votre inépuisable moto bebek Ksatria, avachi sur la banquette arrière du classique taxi Blue Bird, sirotant une bintang au volant de votre chère Daihatsu Feroza, ou encore échangeant quelques mots avec les pétasses conduisant la belle Mercedes du mari parti en mission… Mais qu’importe le garuda que vous chevauchez, vous êtes en route. Vous savez la direction. Ca tourne un peu, au départ, dans les gangs (petites ruelles qui composent les « villages » au cœur de la ville). Puis c’est tout droit, les longues avenues désertes qui traversent cette ville de malheur.

Quelques idées, rares, vous traversent l’esprit. On vous avait proposé un petit week-end pour monter au sommet du Gunung Halimun. Et voir les derniers singes gibbons de Java. Partir s’aérer à la campagne. C’est dommage, parce que là, ça ne fait pas être tout à fait pareil. Vous le savez, mais vous ne pouvez rien faire contre. Vous devriez partir vous aérer, mais vous êtes lancé. Vous ébauchez un sourire et votre pote de Paris, venu vous rendre visite en Indo, se méprend sur sa signification. Il y voit le plaisir de faire une petite virée festive en club. Quelle erreur…

« C’est quoi ces stands au bord de la route ? Ils se répètent à l’infini, et …. y a pas un putain de client ! ». Il avait déjà dit ça 15 minutes auparavant, au moment de passer devant les warungs de bubur betawi à Blora, toujours vides (avis aux connaisseurs !). De petites unités de blanchiment d’argent, je ne vois pas d’autre explication qui tienne la route. Mais ces stands sur l’avenue Gagah Mada, c’est autre chose. Des vendeurs de viagra. De préservatifs. De films X, etc. On est à Kota, on est pas là pour plaisanter. Faut des munitions pour se défendre. Crissements de pneu. « Kasih dong, yang surga, lima biji !». On repart. C’est là-bas, et il n’y a pas de temps à perdre.

Une ligne droite interminable longe le kali (canaux parcourant cette ville côtière), bouché par les détritus, un égout à ciel ouvert qui déborde tous les ans dans la ville. Une abomination. Pas franchement glamour, le pote de Paris commence à regretter le boulevard Poissonnière et les arrivées en fanfare au Rex Club… Puis on arrive au Putar (le demi-tour à l’indonésienne), encombrements… La cohue, les taxis et les 4x4 qui se montent dessus, pare-choc contre pare-choc, les vendeurs qui s’immiscent là-dedans pour vous fourguer des kretek (clopes au clou de girofle) ou des permen karet. Quelques éclairs dans l’obscurité.

Vous vous demandez toujours ce que serait le Stadium sans cet embouteillage inévitable, la nuit, qui vous permet de reprendre vos esprits avant de partir à l’assaut de la citadelle. Ce que serait le Stadium sans son sas de décompression… qui vous compresse les artères, qui vous accélère le pouls, qui vous laisse le temps d’admirer ce bâtiment pourri et entouré d’une foule de junkies de base, de prostituées de bas étage, de vendeurs de rue, de bule (les occidentaux) perdus ou blasés, de banci à l’œillade cavalière, de chinois endimanchés et encanaillés, de maquerelles infâmes, de flics ripoux, de mafieux de pacotille (pas toujours…), de dealers dans la dèche, de chauffeurs partis pour une longue nuit d’attente, d’adolescents courageux ou inconscients…

Puis vient le pont et le Seribu Satu, une des boîtes à poules de luxe venues des pays de l’est, ou de Mandchourie. Puis la ruelle minuscule sur la gauche. Ce sont des milliers de bagnoles qui passent par là, tous les week-end. Mais y a pas la place de passer à deux files, et non… Et pourtant, les passagers se font déposer à l’entrée du stadium, 20 mètres plus loin. Puis demi-tour laborieux après trois plombes de manœuvres, pour rebrousser chemin direction le parking (toujours blindé, au milieu de la nuit, sur 5 étages !). Aberrant ? Jakarta… Tu fais 20 mètres à pied ? T’existes pas !

Pause. On ne rentre pas « comme ça » au Stadium. On doit d’abord dire bonjour au couple qui tient le petit toko (échoppe) avant l’entrée. On doit saluer, et chercher son salut avant la chute. Vous ne devez pas faire attention au chinois qui est en train de se faire sortir par les videurs à bout de bras, inconscient, les jambes branlantes, les yeux blancs. Mourrant… on veut pas savoir, il doit crever à l’extérieur vous disent les videurs. Donc vous faites pas attention. Vous vous concentrez sur le couple du toko, gentil, réconfortant, et vous vous dites que vous c’est-pas-pareil-vous-savez-ce-que-vous-faites, vous contrôlez. Votre pote de Paris, lui, il voit rien à part les dizaines de cewek (minettes) en minijupes qui lui sont passé devant depuis que vous êtes sortis de la bagnole. Il faut dire que leurs regards brûlants n’arrangent rien à l’affaire… C’est pas grave, on est tous passés par là.

Donc vous commandez votre kraetingdeng, avec la bouteille d’aqua, le paquet de sempoerna mentol, les permen karet, et vous lâchez les (premières) cinquante mille roupies. Puis les deuxièmes cinquante mille roupies (votre demande de bénédiction) aux mendiantes qui vous harcèlent, toujours les mêmes… ça doit rapporter dans le coin, ça doit valoir cher comme place. Vaut mieux être superstitieux au stadium, faire dans le préventif, ça peut toujours servir. Vous avancez, et vous vous efforcez d’ignorer cet ange de malheur, cet indonésien sans âge, toujours là, des cernes de folie sous les yeux, le catalyseur des mauvaises ondes du stade. Il en a pris pour combien sur terre ? Cent ans, mille ans, l’éternité ? Jamais un sourire ne fut esquissé sur ce visage d’une laideur effrayante, diabolique, le mal… le reflet des mauvais côtés du stade… Mais que serait le stade sans ses mauvais côtés ?

Vous êtes dedans. Enfin presque. Vous traversez cette allée du rez-de-chaussée en évitant de lancer des regards sur les côtés. C’est là que sont attablés les premiers fatigués. C’est là que vous risqueriez de reconnaître de vieux habitués que vous ne voulez surtout pas voir. Leurs visages déformés, leurs rictus sous l’emprise des inek (ecstasys locales), vous ne voulez surtout pas les voir car ils sont ce que vous êtes. Et c’est pas joli-joli. Le pas accélère, vous approchez de l’ascenseur. Ce soir, pas de montée des quatre étages par l’escalier. Pas la patience. On n’est pas à Cannes non plus. Vous vous fendez donc de quelques pas chassés pour rentrer dans la cabine, vous faufiler au fond, en tapant du pied… les premiers sons et les basses vous parviennent au fur et à mesure de la montée, s’amplifient. Dodelinement de la tête, automatique. Regards en coin à la demoiselle aguichante en face de vous. Pour la forme.

Les portes s’ouvrent. On ouvre le bal ! Quoi, soixante-quinze milles roupies ? Ca doit faire si longtemps, les premières fois, c’était quinze mille roupies… Le temps, le temps… le tempo… le rythme… ces basses… cette voix… Cette deep house ténébreuse et excitante. Irrésistible. Le Stadium… y a rien à faire, vous savez qu’ils vous tiennent, que vous y retournerez, que vous y serez enchaîné, que vous chuterez, que vous y boirez votre déclin jusqu’à la lie, que vous y aurez des extases parfaites, que la rédemption y est possible, que le romantisme y côtoie la misère, que l’éternité y a un sens, que votre liberté y est totale, votre esclavage aussi, que vous êtes dans un no man’s land, que c’est la guerre, que les lois y sont proscrites, que vous êtes dans un supermarché de la drogue mais qu’à vingt pas vous pouvez vous faire pécho pour vingt ans… que vous croyez tout voir mais que vous ne savez rien, même pas si votre voisine s’appelle Peter, que vous ne voulez pas savoir de toutes façons, que vous êtes heureux… parce que vous n’êtes plus… Finalement, une seule chose manque ici, c’est la lutte des classes, inexistante… le bon côté du stadium.

Donc, vous avancez dans l’obscurité au milieu de ces sofas, passage obligé devant l’entrée, remplis de jeunes prostituées accompagnées de leurs maquerelles estampillées stadium. Elles vous connaissent, elles ne font même plus l’effort de vous proposer leurs services. Peine perdue. Perancis, maunya gratis ! Quelques mètres au-delà, vous vous faufilez entre les tables et vous tendez deux billets, pour un cachet et une aqua. Plus possible de faire machine arrière maintenant, vous en avez au moins pour 6 heures. Au moins. C’est le tarif. Pas le moment de finasser et regretter les derniers gibbons de Java au Gunung Halimun. Vu la faune que vous avez autour de vous, de toutes façons, ce serait difficile de regretter les hurlements des gibbons… Ici, les roucoulements sont de rigueur.

Dance floor ? Non… vraiment blindé, pas moyen. Vous fendez la foule, sur le côté droit, vous êtes bousculé et vous bousculez, mais vous en avez rien à foutre parce que vous êtes en route pour le paradis et que les obstacles sur cette route ne sont que des détails sans importance. Vous y êtes. Tout va bien. C’est pas Bénarès non plus, donc vous faites pas semblant de vous prendre pour un cadavre porté sur le bûcher… Votre cible, ces quelques 20 m2 devant le DJ, sur la scène surélevée, sous le dragon suspendu, symbole du Stadium. Ce petit espace, qui ne ressemble pas à grand-chose, mais sur lequel vous passerez quand même vos 48 heures d’affilée, hebdomadaires.

Pourquoi ? Parce que cette scène a beau ne ressembler à rien, vous êtes quand même au centre du monde puisque vous êtes au Stadium ! Et que cette scène, elle a une âme ! Que cette scène elle est à votre image. Que sur cette scène vous allez rencontrer des frenchies qui ont pris l’avion de Singapour pour y faire quelques pas pendant le week-end. Que vous allez rencontrer des selebriti qui auront fait la une du Jawa Post pour abus de substances illicites. Que vous allez y rencontrer des working girls en mal d’amour, trentenaires à succès mais prises en tenaille dans l’ennui de la ville. Que vous allez y croiser des catins de misère, qui se seront cotisées pour acheter un unique billet, dont le tampon sera reproduit immédiatement sur la main des copines pour rentrer gratos. Que vous allez y rencontrer les habitués du week-end que vous voyez toujours, et que vous ne connaîtrez jamais. Que vous allez trinquer avec vos potes de Jakarta, qui auront suivi le même rituel hebdomadaire. Que vous risquez de tomber sur ces gars de la mafia des Moluques, qui voudront vous faire la peau, mais que le jeu en vaut la chandelle. Que vous avez toutes les chances de voir des têtes de dragon, reproduites à l’infini sur le dance floor, au cours d’une hallucination. Qu’il est possible que votre copine débarque en tongues, à 8 heures du matin, pour vous sommer de rentrer à la maison. Bref, que dans dix heures, vous ne saurez plus où vous êtes, et qu’il n’y aura plus moyen de ressortir de là.

Montée aux cieux. Brutalement, comme agrippé de toutes parts, on est entraîné en pays inconnu. Il n'y a pas de passerelle, il faut sauter et se jeter. Toute résistance est dangereuse, il faut au contraire être passif pour se laisser emporter sans encombre dans l’autre monde, artificiel. Détendu, mais les muscles bandés. Le cerveau en alerte. Les sensations décuplées. La confiance est une condition absolument nécessaire. Navigation à l'aveugle, sur coussins d'air, sans retenue. Les coups de butoir de ces basses et de ces voix à la fois enchanteresses et inquiétantes, comme en surimpression. Les répétitions des mélodies et des rythmes sont les battements du cœur de cet être hybride et en équilibre instable qui se laisse ballotter d'un pied sur l'autre.



Quand sait-on qu’on est dans un état d’addiction grave au Stadium ? Quand on vit une scène de ce type un dimanche matin : « Ouah, il y a des masses de monde qui s’agitent là. Trop bon ce petit rythme. Au fait, il est quelle heure Gonzalve ? Attends, je mate. Il est 10h du mat’ je crois. 10h, c’est tout ? Trop cool… il est encore tôt, on va pouvoir repartir sur une petite série alors ? » Au Stadium, à un certain point, les repères changent. Le Stadium on n’y va pas pour quelques heures. On y va pour s’extraire de la réalité. Alors pourquoi y serait-on encore lié par les contingences de la vie ? Les heures n’importent pas. Personne n’est pressé, personne ne compte, mais tout le monde est là. N’est-ce pas le paradis ? Seule la résistance psychique compte, car les remèdes ne manquent pas pour la résistance physique.

D’autres symptômes peuvent apparaître. Quand on échange les habituelles lunettes de soleil (la moitié des gens portent des lunettes de soleil au stadium !) pour une paire de lunettes de natation. Et qu’on se met à crawler dans la foule. Avec les acclamations… ou bien simplement les voix de la deep house qui vous accompagnent. Ou qu’on enfile les lunettes de natation dans la matinée, avant d’entamer une danse macabre, le « chicken fight », avec son compagnon de débauche. Acrobaties diverses, passements de jambe, simulacre de pencak silat, tressaillements continus, etc. Surtout quand cela se termine par un saut de l’ange à partir de la scène et en direction du dance floor deux mètres plus bas. Un autre symptôme peut être d’aller danser le samedi aux aurores, à la sortie d’un hôpital et d’un dérapage incontrôlé de moto, les mains bandées et le corps déjà saturé d’antibiotiques… Les symptômes sont nombreux, intimes, en établir la liste prendrait beaucoup de temps…

Difficile de communiquer cette drôle d’ambiance aux non initiés. Ou à ceux qui y sont passés en coup de vent. Mais tous ceux qui ont vécu l’expérience Stadium la gardent au cœur, la gardent aux tripes, et ne sont pas près de l’oublier. C’est sans doute à eux que s’adresse cette revue. A mes frères. Le Stadium est en dehors du temps. On s’éloigne, ou on tombe. Le tampon qu’on vous fout sur le dos de la main à l’entrée n’est que la reproduction maladroite et superficielle du tampon qu’on vous imprime à l’âme. Ce tampon est indélébile, et ne partira pas. Le Stadium c’est une cathédrale, c’est la cathédrale de la faiblesse, de l’extase, et de l’addiction. Bonne chance à vous.

R.

Monday, June 23, 2008

Le V2

Le V2

Qu'est ce qui différencie le V2 des autres one-stop entertainment venues de Kota ?
A priori pas grand chose, au premier abord la deco fait penser a un mini Sun City.

Ce qui le rend unique, c'est son manque d'à-propos, son dédain pour la transition, qui lui donnent un cote 2e degré parfois drôle…souvent pathétique.

Le groupe - pas mauvais soit dit en passant - termine abruptement son premier set sur une langoureuse chanson d'amour…les musiciens descendent en vitesse. Un blanc, comme un soupçon d'inachevé dans l'air, la perplexité se lit sur les visages. La dessus, le DJ, appelons le DJ Vas-y tu Sors pour protéger l'anonymat du changeur de disque le plus mauvais d'Asie, enchaine sans transition aucune avec de la mauvaise house music…arrivent les danseuses, encore légèrement vêtues, qui commencent leur strip tease sur « bad boys, bad boys, what you gonna do », la chanson la moins propice au strip tease du monde…la, je sens comme une présence derrière moi. Je me retourne. Une énorme moustache me fait front. Elle appartient a un individu etrange vetu de noir, portant une enorme croix en pendentif, appelons le Panthere. Panthère, malgre ses airs mechant de Preman du Timor, c'est un brave gars…en tout cas il fait des efforts.

Comment tu t'appelles ? me demande Panthère.

Susanto, réponds-je.

Bagus, bagus!!! allez on se tape dans la main…

Ca y est, je crois qu'on s'est tout dit…je retourne a la table, un vieux chinois me propose de boire au goulot de sa bouteille de Chivas…non merci, j'aime pas le whisky…il insiste, « good, good, ayo minum, bagus »…non, j'aime toujours pas le whisky… et oui, le V2, c'est aussi des conversations flamboyantes, et des rencontres encore plus inoubliables que les transitions du DJ…ca fait environ 45 minutes que les danseuses sont sur scène, c'est long ce strip tease, on commence a s'ennuyer… dans ce genre de bar, il y a toujours des vieux gars, l'air patibulaire mais presque, assis tous seuls a une table, qui fument des kreteks en regardant dans le vide, jusqu'à ce qu'il leur prenne l'envie de boire de la tequila et de palper des nichons… c'est la que tout s'enchaine, les filles sont maintenant complètement nues – enfin presque, elles ont encore des chaussures, parce que c'est par les pieds qu'on attrape le masuk angin, elles descendent dans la salle, boire avec les clients et se faire tripoter, ca devient n'importe quoi…la chanteuse revient, monte sur scène pour le deuxième set, puis voit les filles remonter sur scène…elle redescend en courant. Personne ne lui a dit que ce n'était pas encore fini…

Des chinois nous invitent dans une salle karaoke qu'ils viennent d'ouvrir...on se met en route et on se rend compte que le V2, c'est immense…une grande partie de la superficie du V2 est occupée par des couloirs, le thème de la décoration, c'est les arbres. Il y a un grand salon ou plein de jeunes filles attendent le prince charmant…ou un vieux moustachu, c'est selon disponibilite. On arrive finalement dans la salle karaoke…la aussi c'est immense…il y a un salon, une salle de bain, et une chambre, avec un grand lit et des oreillers, au cas ou les chansons de Bon Jovi dégénèreraient en batailles de polochon… apparemment on peut tout commander : du jus de fruit multivitamine pour le petit dej a 6h du mat, aux cachets d'ecsta, accompagnatrices, etc…

En sortant, on passe devant un warung sur le parking et on y voit l'une des filles, en gabardine de Colombo, manger un bubur ayam toute seule, avec une tronche de cadavre, ca m'a coupe l'appétit (ca tombe j'ai lu par la suite dans le guide Michelin que leur Bubur Ayam etait aussi mauvais que leur DJ).Selon l'un des videurs, chaque fille est payée 1 million par soir…c'est le prix de l'indécence…

Restent deux étages inexplorés…avis aux aventuriers…

Monday, May 26, 2008

Oscar

Et l’Oscar du meilleur bar de Blok M est décerné a…OSCAR PUB!!!!!!!!

J’étais déjà passe devant, mais je n’avais jamais ose m’y arrêter…pour moi l’Oscar - excentre tout au bout de Jalan Falatehan, a cote de la station de bus et des putes qui attendent le client revenu bredouille du Top Gun ou du My Bar - c’était le bar le plus pourri de la rue la plus glauque de Jakarta…c’est vrai que vu de l’extérieur, c’est pas très engageant…mais halte aux aprioris.

L’Oscar se démarque en fait des autres bars de la rue et de leur ambiance malsaine et lubrique, ca doit être pour ca qu’il est excentre, pour marquer sa différence…je me suis toujours royalement ennuye au Blok M, et ne reste rarement plus d’un quart d’heure…le temps d’écouter SZ chanter ketahuan, le point culminant de la soirée, avant d’aller au stadium…a l’Oscar, je suis reste 5 heures, et j’ai adore…

Très bon groupe le vendredi…c’est la première fois a Jakarta que j’ai pu entendre dans la même soirée les Clash, Lynyrd Skynyrd, Jefferson Airplane…et Honky Tonk Woman interprete par Reny Jayusman, icône du Rock Indo dans les annees 80-90, la Janis Joplin de Jakarta… c’était assez drôle, a sa montée sur scène, de voir les filles délaisser leurs bules pour se planter devant la scène et filmer la performance sur leur portable…

Apparemment, il ya une dizaine d’années, le Blok M était un endroit incontournable de la scène Rock a Jakarta…l’Oscar semble en être le dernier attribut, le petit bar qui résiste encore et toujours a l’invasion de l’inculture musicale et de la débauche de fin de semaine…un adorable anachronisme.

A l’Oscar, ce soir la, la foule est éclectique, des putes, jeunes et vieilles, un vieux couperose et bedonnant qui se demene sur la piste, mais aussi de jeunes Bule qui sautillent et montent de facon intempestive sur scène brailler un petit highway to hell…et surtout le pilier du bar, client préféré, l’Elvis Indonésien - mêmes chemises a franges et pantalon pates d’ef’, même banane, mais avec une bonne tête de Wijaya.


Bref, le mélange donne à l’ endroit une ambiance sympa et bon enfant, les gens sont la pour s’amuser et y parviennent…

L’Oscar est le laureat incontesté du Blok M, et remporte l’Oscar de la meilleure B.O et du meilleur second rôle pour Elvis Wijaya… un bar à essayer absolument…le vendredi

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Oscar Pub: Jalan Falatehan, Blok M

Class : Low class superieur

Nakal : oui, un petit peu quand meme

Originalité : Bar Rock et presence du Raja (The King en Indo)

Note : 6,5/ 10.

Thursday, May 22, 2008

Le Dragonfly

Le Dragonfly

Le dragon-mouche, c’est le seul bar de Jakarta ou on ne m’a pas laisse rentrer… j’étais mal habille…ca m’a rappelé la France… Comment ca mal habille ? Mon plus beau T-shirt UNSS 1999, on aura tout vu… « C’est ca videur, continue à faire preuve d’arrogance et je vais mettre en peril ton integrite physique…je vais sortir la boite a outil et il va t’arriver des bricoles, je te préviens…ca va finir en chamailleries corporelles avec des contusions et des equimoses cette histoire…aieuu ! non, on tire pas les habits ! Arrêtes, j’ai des lunettes !! Bon, ca va, je m’en vais, puisque c’est comme ca je pars au Cafe Queen et vous ne me reverrez jamais ici…jamais vous m’entendez ! c’est un jamais irrévocable, un jamais Aime Jacquetsque »

J’étais déjà rentré la semaine d’avant donc je me rappelle comment sont habilles les gens a l’intérieur – non Mr. K, c’était surement pas les même gens, c’est pas le stadium ici, les gens rentrent chez eux le matin, ils ont un travail, ou du moins un revenu qu’ils dépensent ici avec enthousiasme. Comment sont ils habilles ? Tous pareils: bien. Ceux qui sont en jean ont le porte-clés Ferrari qui dépasse de la poche, donc on les laisse entrer. Oui, ici les gens ont plein sioux, mais ils ne les envoient pas à l’ARC, même si avec toutes ces bouteilles qu’ils achètent ils devraient se méfier de la sirose du foie. En fait la bouteille c’est souvent un truc a partager, comme un moment Nutella mais en moins intime… il y a souvent un riche mécène qui abreuve ses amis et parfois quelques parasites dans mon genre, un gars qui s’assure que tout le monde est heureux, que tout le monde a un verre plein, et que tout le monde se rend bien compte qu’il achète plein de bouteilles avec son Amex platinium… c’est l’oppose des bars low-class Cambodgiens, ou la bouteille ne se partage pas…elle ne s’ouvre même pas d’ailleurs… les faux nouveaux riches « louent » la bouteille pour la soirée, juste pour qu’elle soit sur la table et que les filles viennent a leur table en espérant qu’ils vont éclater tout le monde avec tout leur argent…bref, tout ca pour dire, au dragonfly, il faut être généreux pour se faire remarquer…

Le bar est grand, mais tout le monde s’entasse sur une piste de danse déjà surpeuplée…les gens dansent avec un visage sérieux, mais lèvent parfois la main en l’air comme PL au club 36, mais un peu plus dans le rythme parce qu’ils se soucient encore du regard des autres…

Ceci dit, beaucoup apprécient cet endroit et pensent, comme Jean Jacques Goldman, que la musique est bonne. Des DJs de classe internationale sont régulièrement invites pour divertir la foule qui n’en demande pas moins…exigence est parfois gage de qualité…

Bref, un endroit a conseiller aux amateurs de musique électronique…a noter que le bar a été rénové et que le menu du resto a été refait par un chef espagnol, sur un nouveau concept : une grande table centrale - concept devenue très tendance a NY – qui permet des aller-retour entre les tapas, le bar, et la piste…

A essayer donc…

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Dragonfly: Graha BIP, Jl. Gatot Subroto 23, Jakarta 12930

Class : High Class.

Nakal : Non

Originalité : le premier club house music/tapas de Jakarta

Note : 5/ 10.

Sunday, May 11, 2008

Iguana (par SZ)

(Parlé)
- Steeve, serais-tu un iguana ?

(Chanté)

- Oui ! Je suis un iguanaaa, wohoho !



Nous sommes en plein Menteng, l'un des quartiers les plus aisés de Jakarta. Vastes maisons et résidences luxueuses.
Et au milieu de tout ça, l'Iguana...


Un bar dangdut dans toute sa splendeur.
Sombre, pas toujours très propre. Décor pas très bien entretenu, briques apparentes...

Les tonneaux en guise de tables : c'est ça, l'esprit Iguana.

12 musiciens semblant s'ennuyer sur scène, piste de danse majoritairement fréquentée par des prostituées "ayam kampung" et leurs clients bedonnants...


Volume sonore saturé, grand dancefloor parfois vide...
Clientèle intrigante et accueillante, beaucoup de blabla entre les chansons, morceaux de 11 minutes...
Le téléphone portable d'un membre du groupe posé sur un ampli qui génère un bruyant "ticitic ticitic" en plein milieu d'un morceau alors que l'appareil reçoit un SMS...

A l'Iguana, on dit que l'espace est un luxe.

Mais alors, vous me demanderez, qu'est ce qui fait de cet Iguana un incontournable de Jakarta ?
Et là je vous réponds sans hésiter : la terrasse !


Ambiance tamisée, lumière rouge, sol en béton...
Arbres, tables avec de magnifiques parasols ...
Au son des appareils de climatisation du bar et des voitures qui passent...
Pleine vue sur la superbe Jalan Soeroso, une rue pas très belle et assez encombrée...
Cette terrasse est en fait majoritairement fréquentée par des prostituées qui font une pause entre 2 danses...


Important : Ce bar est par ailleurs le premier où j'ai réussi à obtenir une version live de ma chanson dangdut préférée : "Sun sing suwe" d'Ike Nurjanah.

Allez une dernière bière au bar, pour la route...

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Lieu : Hotel Menteng, Jalan R.P. Soeroso, Cikini.
(Ne pas confondre avec l'hotel Menteng II, dont l'apparence est identique, mais dont le bar est le Tiga Kuda - cf. revue de TO)

Class : Low Class.

Nakal : Normal pour un bar dangdut.

Originalité : Karaoké à l'étage (je n'ai pas osé aller voir).

Note : 8 / 10.

Sunday, May 4, 2008

L'Asmoro ou l'initiation à l'univers Dangdut (par SZ)

Ce bar est une bonne image de Jakarta : Il faut patiemment apprendre à l'apprécier.

Comité d'accueil

La première fois qu'on franchit la haie d'honneur de prostituées pour rentrer dans l'étroite porte sombre de la triste Jalan Blora, on est un peu effrayé ("Attention à ne pas faire tomber votre téléphone portable, vous ne le retrouverez pas" m'a dit un jour mon chauffeur de taxi en arrivant dans cette rue). Une musique répétitive et assourdissante qu'on ne connaît pas est jouée par une ribambelle de musiciens qui ont l'air de s'embêter et une chanteuse criarde. Les clients semblent bizarres et c'est plein de prostituées, surtout sur la sombre piste de danse. Le décor est glauque et un peu sale. Au secours!


La seconde fois qu'on va à l'Asmoro, on est complètement bourré, vue la première impression qu'on en garde. Alors, on s'en fout, on commande de la bière et on se risque sur la piste de danse au milieu des filles, essayant d'appréhender les pas de danse de cette musique qu'on ne maîtrise pas, au rythme bizarre et qui fait un peu mauvais genre. Heureusement, des gars semblant bien éméchés (portant souvent moustache ou casquette) nous donnent quelques leçons de déhanché. Bien vite, l'euphorie de l'alcool aidant, on se retrouve sur scène à jouer du djembe ou du gamelan (percussion indonésienne).


La troisième fois qu'on va à l'Asmoro, on veut faire découvrir ce lieu à quelqu'un à qui on a dit un jour où on avait trop bu 'Il faut absolument que tu vois ça !'. Alors, pour essayer de lui prouver que c'est bien, on se persuade que c'est pas si mal. On attache de l'importance à ce qui nous a jusqu'alors échappé. Oui cette musique fait mauvais genre, mais au fond, est-ce qu'elle n'est pas belle ? N'a-t-elle pas l'innocente expression d'une timide plainte, mystique, envoûtante ? Et ces filles du kampung un peu vulgaires qui dansent et viennent nous servir nos bières, jamais elles n'ont eu d'attitude racoleuse, est-ce que ce sont vraiment des prostituées ? (et est-ce une question si importante ?) Et ces gens 'bizarres' qui sont là, est-ce qu'ils ne viennent pas juste pour s'amuser ? Ne serait-on pas à un genre de bal musette ?


La quatrième fois qu'on va à l'Asmoro, on l'aime. On connaît quelques morceaux dangdut qu'on demande en song request, la piste de danse ne nous fait plus peur car on sait qu'on ne sera pas la victime de mauvaises intentions. On danse et on rit. On découvre aussi que le flûtiste a en stock 30 modèles différents de son instrument, et on constate que le tube dangdut 'Kucing Garong' (le chat voleur) n'est pas plus répétitif et criard que 'Bliss' de Muse ou 'Special K' de Placebo.

L'Asmoro : Pas de Madame, mais bien un Monsieur Pipi


Lieu : Jalan Blora, rue adjacente à Sudirman (proche de Plaza Indonesia)

Jalan Blora, ses sate et ses Bajaj...

Class : Low-class

Nakal : Un peu

Originalité : Prévoir 3.000 Rp. de rab pour payer les mouchoirs qu'on vous servira de force.

La propreté : un credo de l'Asmoro
(Observez aussi le peigne libre service : un concept Asmoro)

Note : 7,5 / 10

Thursday, April 17, 2008

Le Red Square

Le Red Square

The Red Square, la Place Rouge en Francais, ou Krasnaya ploshchad en Russe - appelée a l'origine Pozhar - a pris sa forme actuelle sous le règne d'Ivan III, en 1493, et est devenue depuis l'une des places les plus célèbres du monde avec la Grand Place eud' Roubaix. Contrairement a ce que l'on pourrait penser, la place rouge ne tire pas son nom d'une quelconque référence au communisme ou a la couleur des briques avec lesquelles de nombreux édifices environnants ont été construits, a l'époque de la vague d'immigration chti qui a déferlé sur l'Europe de l'Est propageant la culture brique rouge-mullet-tunning dans toute la future URSS. Non, ce nom vient en fait de la traduction du mot russe krasnaya, qui peut signifier Belle, mais aussi Rouge.

En tapant Red Square sur le Google Indonésien, le premier lien a s'afficher ne fait référence en aucune manière a Ivan III ou au Pozhar, mais a un bar a Vodka nakalo-classe de Senayan, célèbre pour le jonglage de bouteilles enflammées des serveurs, le déhanché de la serveuse, et l'abondance de jeune femmes court-vêtues qui dansent sur la table centrale. Malheureusement, a Jakarta, Red Square, ca évoque plutôt ca… J'imagine bien les jeunes ados indonésien de passage a Moscou s'exclamer : « Nan !!! Énorme, regarde cette place, elle s'appelle comme le bar de Senayan Arcadia !! »


Quand je pense a la place rouge, je pense plutôt Kremlin, KGB, espionnage, James Bond…le voila le lien : James Blond, alias Mr. X, qui a fait du Red Square son terrain de chasse favori, son Berlin Est…le blackberry y est devenu une arme absolue que Mr. K n'est pas prêt d'oublier, lui qui avait ose prétendre infiltrer le réseau de Mr X (voir les soirees de Mr Konard)…

La première fois que j'ai entendu parler du Red Square, c'était en ces termes : « c'est trop bien, les gens dansent sur la table et tout… » je pense que ce qu'il voulait dire c'est « les gens dansent sur la table et… et c'est tout »… parce que c'est a peu prêt tout ce qu'il y a a dire sur le Red Square, probablement l'un des bars les plus surestimés de Jakarta…si je monte parfois sur la table, ce n'est pas pour faire admirer mes pas de danse diaboliquement funky et chaloupes, c'est juste qu'on y respire mieux qu'en bas, au milieu de cette foule éclectiquement pathétique qui perd toute raison et manières au dépends de ses plus vils instincts, réveillés par la vision incessante et indécente de petits culs se trémoussant sur la Table.

Au Red Square, il faut être encore plus torché que les bouteilles en feu pour s'y amuser…si bien que le lendemain au reveil on risque de ne plus se rappeler qu'on s'y est amusé jusqu'à ce qu'on s'aperçoive en allant pisser qu'il y a une brosse a dent dans la salle de bain qui n'est pas a toi…