Wednesday, September 14, 2016

Sortir et Faire La Fête à Jakarta en 2016

Nous n'avons pas mis à jour ce blog depuis des années et cela et bien dommage. Quelques boites de nuits et bars, tels que B.A.T.S, CJs, Dragonfly, Blowfish, 999, Nu China ou le Golden Crown existent encore. La plupart des autres ont fermés, et en particulier le Stadium.

Cet article est une mise à jour complète qui guidera les fêtards Francophone à Jakarta en 2016. Si vous avez des questions particulières, vous pouvez aussi m'envoyer un email à thibaud@jakarta100bars.com ou laisser un commentaire en bas de page.

Arriver à Jakarta
Les vols internationaux arrivent à l'aéroport de Soekarno-Hatta, dans la ville de Tangerang, à 30 kilomètres de Jakarta. Depuis 2016, le visa touriste est gratuit donc il n'y a aucune démarche spécifique à entreprendre sauf si vous restez plus de 30 jours.

Dès que vous passerez la douane de l'aéroport, des chauffeurs indépendants vous proposeront de vous emmener en centre-ville pour un prix allant de 150 000RP-200 000RP. J'en prends parfois un quand il y a trop de monde à la file des taxis, mais c'est plus cher et, parait-il, plus dangereux.

Les taxis coûtent autour de 120,000RP-150,000RP (si c'est beaucoup plus c'est qu'il y a quelque chose qui cloche). Les marques recommandées sont les Blue Bird ou Express mais ils sont parfois difficiles à trouver. Une petite mafia, sans doute avec la complicité des autorités, limite leur nombre et favorise des compagnies peu connues. Vous pouvez dès lors soit attendre patiemment qu'un Blue Bird ou un Express arrive, ce qui peut prendre 2 minutes comme 30 minutes, soit prendre un taxi lambda à condition qu'il accepte de mettre le compteur. Il faut ensuite rajouter au prix de la course environ 15,000RP de frais d'autoroute.

Pour éviter d'attendre trop longtemps et pour payer moins cher, je prends souvent Uber, tout en essayant d'être discret car les autres taxis leur font la guerre. Un Uber jusqu'au centre coute environ 100 000RP.

Se déplacer dans Jakarta
Les embouteillages de Jakarta rendent les déplacements quasi-impossibles en journée, mais la circulation s'améliore nettement après 21h ou 22h. A minuit, vous pouvez aller sans problème d'un bout de la ville à un autre en une trentaine de minutes.

J'utilise principalement 4 moyens de transport à Jakarta:

- Les taxi motos ou ojeks sont très pratiques car il y en a de partout, à toute heure et pour pas cher. Vous pouvez les commander en téléchargeant les applications Grab et Go-Jek. Je préfère Grab car elle permet d'appeler aussi des taxis et voitures avec chauffeurs.

- Les taxis sont très nombreux à Jakarta et ne coûtent pas trop cher. Mis à part aux heures de pointe (18h-19h), il est très facile d'en trouver dans le centre ville. 30 minutes de trajet vous couteront dans les 5 euros. Comme indiqué plus haut, Blue Bird est la compagnie la plus fiable mais il ne faut pas avoir peur d'en prendre d'autres tant que la voiture est bien entretenue et que le chauffeur accepte de mettre le compteur. Les pires taxis sont ceux situés juste à la sortie des boites de nuit: Pour les éviter c'est facile, il faut juste marcher une centaine de mètres et attendre qu'un autre taxi arrive.

- Les voitures avec chauffeurs, que vous pouvez commander avec Uber ou Grab, sont une très bonne alternative aux taxis car elles sont souvent jusqu'à 30% moins chères.

- Contrairement aux idées reçues, le réseau de transports en commun est assez développé à Jakarta et avec beaucoup de patience vous pouvez aller partout où vous le souhaitez. Il n'y a pas de plan d'ensemble donc le mieux est de demander à des Indonésiens pour les directions. Les bus ne sont ni propres, ni pratiques, ni confortables, sauf le réseau Transjakarta dont j'utilise souvent la ligne 1 reliant Blok M à Kota. Le billet coute moins de 30 centimes d'euro et le service fonctionne 24h sur 24 (avec moins de fréquence de 22h à 5h du matin).

Les quartiers de Jakarta pour sortir
La plupart des endroits intéressants de Jakarta sont situés le long d'une ligne Nord/Sud de 15 kilomètres qui lie Kota Tua (la vieille ville) à Kemang (le quartier expat). Cet axe correspond aux avenues de Jalan Gadja Madah, Jalan Hayam Wuruk, Jalan Thamrin et Jalan Sudirman.

Les boites de nuit des quartiers du nord, comme Glodok ou Mangga Besar, sont plutôt fréquentés par des clients masculins et Indonésiens. La drogue ainsi que la prostitution y sont monnaie courante. Les filles que vous rencontrerez en boite sont souvent des prostituées. Elles travaillent dans des karaokes, des salons de massage ou bars à striptease comme le Malioboro ou l'Alexis.

Au fur et à mesure que l'on arrive dans le Sud, à partir du centre commercial Sarinah, la ville change et devient plus moderne. C'est le début du quartier des affaires avec ses centres commerciaux et ses gratte-ciels modernes. Ici, vous trouverez beaucoup de bars et boites branchés, en particuliers dans les quartiers le long de Jalan Sudirman et Jalan Rasuna Said, à SCBD, à Mega Kuningan, à Senayan, à Senopati.

La prostitution y est présente mais de manière plus discrète. La plupart des filles sont "normales" et cherchent à s'amuser librement.

Ou dormir près des boîtes de nuit?
Pour éviter de passer trop de temps dans les embouteillages, il est essentiel de choisir un hôtel qui soit situé près du centre de Jakarta. En journée, faire un kilomètre peut parfois prendre jusqu'à une heure.

Je vous recommande de vous placer le plus près possible du couloir Nord/Sud mentionné plus haut, par exemple près de Jalan Sudirman ou Jalan Thamrin. Le quartier de Jalan Jaksa est très bien placé et vous y trouverez pêle-mêle:
- Des hôtels pour voyageurs sacs à dos assez basiques, certains sans eau chaude ni air-conditionné (voir le lien: Hôtels près de Jalan Jaksa)
- Des hôtels plus confortables avec un super rapport qualité prix à 30/40 euros comme le Favehotel ou le Holiday Inn
- Des hôtels 4 étoiles à moins de 100 euros (Mercure Sabang, Morrissey)
- Des boutique hôtels avec un style plus original et une ambiance jeune (Artotel, Kosenda).

Si votre budget vous le permet, vous pouvez aussi rester près des centres commerciaux de Plaza Indonesia et Grand Indonesia dans les hôtels Kempinski et Hyatt. Ils sont vraiment bien situés, à quelques centaines de mètres des restaurants, bars et boites de nuit les plus branchées de Jakarta (Skye, Cloud, Immigrant, Social House). Certaines personnes, surtout des voyageurs d'affaire, aiment rester à l'hôtel Mulia ou au Shangri-La car tous les deux possèdent des bars bien connus des expats (le CJs pour l'un et le BATS pour l'autre).

Vous pouvez découvrir une sélection d'hôtels près de Plaza Indonesia ici: Hôtels près de Thamrin

Pour un meilleur rapport qualité prix, vous pouvez aussi loger dans des quartiers moins côtés, par exemple celui de Mangga Besar/Glodok, à 30 minutes du centre et tout près de la vieille ville et de ses attractions touristiques (musées, temples chinois, vieux port). Vous y trouverez pléthore d'hôtels bon marché tels que l'Hotel 88, le Favehotel LTC Glodok ou l'Ibis Harmoni. Il y a aussi des hôtels 4 étoiles pas trop chers comme le Novotel Gajah Mada ou le Santika. C'est une zone de la ville assez bordélique, avec beaucoup de prostitution, mais aussi une animation permanente. C'est un Jakarta beaucoup plus authentique que j'apprécie beaucoup mais qui n'est pas fait pour tout le monde.

Vous pouvez découvrir une sélection d'hôtels dans cette zone ici: Hôtels près de Gajah Mada

Agoda est un site de réservation d'hôtel assez peu connu en France, mais c'est celui qui offre le plus de choix pour l'Indonésie ainsi que les meilleurs prix. Inscrivez vous sur le site pour avoir accès à des réductions spéciales pour les membres.

Vous pouvez comparez les prix d'Agoda avec ceux de Booking.com avec le comparateur HotelsCombined. C'est un site très complet et facile d'utilisation qui ne prend aucune commission.

Jakarta est-elle une ville sûre?
D'après mon expérience personnelle, Jakarta est une ville plutôt sûre en ce qui concerne les vols et les aggressions. Je ne connais personne qui se soit fait agresser physiquement, mais certains amis se sont fait voler leur portable ou leur portefeuille dans des boites de nuit. Cela reste l'exception et il n'y a pas de raisons d'avoir plus peur à Jakarta qu'à Paris, bien au contraire.

Je pense que les vrais dangers de Jakarta, ce sont plutôt les accidents et les maladies comme la dengue, et ce d'autant plus que la qualité des soins dans les hôpitaux laisse à désirer.

Il est impératif de bien être assuré et de posséder une assurance rapatriement durant votre séjour. Mis à part les cartes bancaires Gold, la plupart ne disposent pas d'un plafond suffisant sachant qu'une simple évacuation sur Singapour peut coûter jusqu'à 50 000 euros. Pour un voyage de quelques jours, il existe une formule très simple et complète avec WorldNomads, vous pouvez faire un devis sur leur site en suivant ce lient: Assurance World Nomads. C'est recommandé par le LonelyPlanet et RoughGuide et le site est accessible en Français.

Comment s'habiller?
Contrairement à Bangkok ou à Bali, il faut le plus souvent mettre des chaussures, un pantalon et un polo ou un chemise pour être accepter en boite à Jakarta.

Pour les filles, les hauts talons sont obligatoires au Dragonfly, à Immigrant et à Empirica.

Budget à prévoir
Sortir à Jakarta coûte malheureusement cher, d'une part parce que l'alcool est surtaxé, et d'autre part parce que le prix des entrées en boite est élevé.

En général, un verre de bière coute dans les 4-5 euros, un cocktail 8-10 euros, une entrée en boite 15-20 euros.

Pour faire une grosse soirée, c'est à dire visiter plusieurs endroits et boire abondamment, il faut au minimum 150 euros. Cela correspond à 2-3 entrées payantes + 10 verres d'alcool + les frais de taxis.

Si vous faites attention, vous pouvez descendre à 60 euros en vous pré-chauffant à la maison (avec une bouteille ramenée de l'aéroport) et en évitant de faire trop de bars/boites.

Quel jour et à quelle heure sortir?
Les boites commencent à se remplir vers minuit et ferment vers 4h-5h du matin. Les meilleurs soirs sont le mercredi (avec souvent des entrées moins chères et des verres gratuits pour les filles), le vendredi et le samedi. Le reste de la semaine, c'est souvent calme sauf si vous allez dans des boites ou bars un peu chauds comme le Golden Crown, le Mille's, le Club 36, le BATS, le CJs, l'Alexis ou le Malio Club.

Sortir à Jakarta: Les meilleurs bars
Pour prendre un verre en début de soirée, je vous recommande de choisir un bar en rooftop sur le toit d'un gratte-ciel. Les plus connus sont à 500 mètres l'un de l'autre, Cloud (à Plaza Indonesia) et Skye (à Grand Indonesia). Le premier offre la meilleure vue et il est très populaire avec les expats. C'est assez cher par contre, comptez 9 euros pour un cocktail et 25 euros pour y manger.

Toujours dans le cher et élitiste, il existe de nombreux bars sympas dans les quartiers de Mega Kuningan, Senopati, SCBD et Senayan, souvent inspirés par le design de nos cafés parisiens. Loewy et Basque sont les plus animés mais vous pouvez aussi essayer Bauhaus (pour les hipsters), E&O (pour manger une excellent cuisine fusion), The Dutch (dernier endroit à la mode), Cork&Screw (pour le vin), Monty's (un speakeasy pour amateur de whisky), Potato Head (pour le design et parce que c'est bien placé).

Il existe aussi des bars moins tape-à-l'oeil avec une clientèle d'expats réguliers et un peu plus agés, par exemple Eastern Promise, Frank's Bar et le pub Irlandais Murphy's, tous à Kemang.

Les endroits les moins chers se spécialisent le plus souvent sur la bière et qui visent une clientèle plus jeune. C'est le cas de la chaine Beer Garden (qui possède une branche à Menteng près de Jalan Jaksa, une à Kemang et une à SCBD). Beer Brother ou Borneo Beerhouse sont d'autres options sur Kemang.

Il existe aussi des cafés en plein air à Jalan Jaksa qui sont assez basiques mais peu chers et conviviaux. Vous y rencontrerez peut-être des backpackers suivant les arrivages du jour.

Certains bars sont réputés pour attirer des prostituées qui cherchent tout spécialement des clients étrangers: C'est le cas du BATS, du CJs, et de tous ceux qu'on trouve à Jalan Falatehan près de Blok M.

Sortir à Jakarta: Les meilleurs boites de nuit
Il y a une dizaine de discothèques qui valent le coup à Jakarta. Voici une courte description des plus connues:

- Immigrant: Une boite très centrale et chère avec beaucoup d'expats qui viennent draguer des Indonésiennes. C'est assez étroit et on se marche un peu dessus, mais heureusement il y a une belle terrasse extérieure. La musique est commercial, soit hip-hop soit house. Entrée entre 200,000RP et 300,000RP avec une boisson.

- Dragonfly: Très similaire à Immigrant mais encore plus chère (300,000RP l'entrée sans boisson) et avec public parfois snob. Quelques prostituées y cherchent de généreux sponsors. Très joli design, mieux que ce qui se fait en France. Musique commerciale.

- X2: La plus grosse boite de Jakarta, dans le mall Plaza Senayan. 1 salle avec de l'électro et 1 salle avec du Rn'B (appelée Equinox). Public assez jeune avec beaucoup d'étrangers qui espèrent finir la nuit avec une fille locale. 20% de prostituées. Environ 200,000RP l'entrée.

- Empirica: Une boite plutôt fréquentée par la communauté Indonésienne-Chinoise. Bonne ambiance mais il est préférable d'y prendre une table/un sofa avec une bouteille car il n'y a pas de piste de dance. Entrée 200,000RP.

- Jenja: Une nouvelle boite tout au sud de Jakarta. C'est l'endroit à la mode en ce moment. La musique est bien, genre électro de Berlin, mais si vous habitez dans le centre il vous faudra au moins 30 minutes pour y aller.

- Colosseum: Tout au nord de la ville, le Colosseum fait partie d'un énorme complexe de prostitution avec salon de massage et karaoke, le 1001. C'est une discothèque très jolie, avec un système d'éclairage incroyable et des DJ invités prestigieux. Je ne suis pas fan cela dit, car l'ambiance est rarement festive. Les clients préfèrent souvent rester plantés autour de leur table avec des prostituées au lieu de danser. Entrée autour de 250,000RP.

- Mille's: C'est la boite underground de Jakarta. On y va souvent vers 5-6h du matin jusqu'à l'après midi pour les plus hardcore (qui carburent aux ecstasy bien sûr). La musique est assez sympa, c'est un genre de techno mélodique destinée à faire planer.

Wednesday, February 29, 2012

Jaya Pub (par SZ)

Là où le Tanamur et autres ancêtres de Jakarta ont sombré, le Jaya Pub n'a pas failli. Il honore avec brio son titre de plus vieux bar de Jakarta, ayant résisté contre vents et marées. C'est là que tous les vieux expats qui habitent Jakarta se retrouvent. Tout est d'époque : L'ambiance détendue, la déco (qui ressemble à un entassement de souvenirs), les habitués, les serveurs (adorables), l'ordinateur, et les chansons jouées par les groupes live. Les musiciens sont d'ailleurs excellents (très bonne sono également), et la bir bintang pression fraîche est succulente.



La clientèle est éclectique et se compose de vieux expats tous bourrés qui hurlent les paroles d'Hotel California joué en live, d'anciennes prostituées, de riches chinois venus chercher autre chose que l'ambiance clonée des clubs de Kota, et de quelques on-ne-sait-trop-quoi.

Au milieu de tout ça, derrière le bar, Toto fait semblant de travailler (il fait l'inventaire des bouteilles puis s'assied sur une chaise en scrutant tout ce qui passe, s'endormant à moitié). Toto, c'est le serveur emblématique du Jaya pub : 70 ans, toutes ses dents et 30 ans de service.

Ajoutez à cela les klaxons libre service pour féliciter les clients qui montent sur scène pour chanter leurs song resquests, les gens qui dansent parfois, les chanteuses qui se déplacent sur le bar, le billard, les cafards qui passent sur les tables... Et vous obtenez un cocktail magique, unique à Jakarta, unique au monde. C'est l'un des bars qui m'a le plus marqué dans ma vie. A découvrir absolument !



2 hics néanmoins :
- Le prix des boissons, qui s'est aligné sur les salaires grimpants des vieux expats (compter environ 40.000 Rp pour une Bintang pression)
- Les morceaux joués par les groupes (majoritairement du vieux rock anglo-saxon), quasi-identiques chaque soir

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Lieu : Menara Jaya, Jalan Thamrin (en face de Sarinah)

Class : ? (d'époque)

Nakal : D'époque

Originalité : Le Vendredi soir et le Samedi soir, 2 groupes se relaient continuellement, pour ne pas avoir de pause au niveau de la musique live sur scène

Note : 9,5 / 10

Suggestion : Avant d'aller boire des bières au Jaya Pub, passez manger au Bistro (dans le même bâtiment), restaurant français sauce Jaya Pub... A découvrir absolument également ! (http://www.jakarta100bars.com/2011/06/le-bistro-french-restaurant.html)

Monday, December 12, 2011

Highway to Elle (par SZ)

Jalan Pelatehan, Blok M... Une des rues les plus magnifiques de Jakarta. Le Top Gun, le My Bar, les prostituées qui font une pause au warung, les mendiants, la ribambelle de taxis pourris qui vous interpellent à chaque fois que vous passez d'un bar à un autre, alors que vous leur avez déjà expliqué 10 fois que vous avez une voiture, et que, même si vous n'en aviez pas, jamais vous ne monteriez avec eux.

Au milieu de tout ça, le Highway to Elle.
Avec EV et EV, on rentre, il y a d'abord une petite salle au rez-de chaussée, qui ne sert pas à grand chose si ce n'est donner du travail à une serveuse à l'entrée qui nous inviter à monter au 1e étage.
Je lui demande : "- A l'étage, y a-t-il un ....
- Oui Mister !
- ... un groupe live ?
- Oui Mister, demain il y aura un groupe live !
- Ah, ben nous voilà bien avancés"

On monte quelques marches de l'escalier étroit, puis on les redescend car "chaud devant", une fille bourrée sur le point de vomir est en train de se faire évacuer par ses potes. Wahou, ça déménage ici.

On finit par réussir à monter, on s'installe tranquillement et on observe.


Au Highway To Elle, on rassemble tous les ingrédients pour que le client soit content : Du foot à la TV, un billard, le wifi, de la musique. De l'alcool (même si d'après mes acolytes, la Margarita était dégueulasse). Mais surtout... des femmes. Dans un renfoncement bien éclairé du bar, une demi-douzaine de filles légèrement vêtues et pas très jolies remuent leurs corps devant un miroir. C'est le poulailler. Ca jacasse et ça rigole, entre des semblants de chorégraphies plus ou moins vulgaires. Rien de très appétissant. Surtout quand l'une d'entre elles enlève son soutien-gorge.

C'est la pause des "sexy dancers". Les clients, majoritairement des caricatures de gros porcs du Blok M, demandent à ce qu'on leur remplisse leurs verres. C'est alors qu'arrive le 2e effet Kiss Cool : Le Highway, c'est aussi Holiday on Ice sous les tropiques : Badaboum, une première serveuse se ramasse toute seule juste à côté de notre table, en glissant sur on ne sait quoi (sans doute un morceau de tomate qui traînait par là). Quelques minutes plus tard, bruit de fracas au bar, une pile d'assiettes vient de tomber par terre. Les serveuses sont mortes de rire. Une autre serveuse dérape sur le lino, mais réussit à ne pas chuter, limitant les dégâts à un peu de bière renversée par terre. Mais personne ne nettoie : c'est comme ça au Highway, à la bonne franquette.


Les sexy dancers commencent leur seconde session. Je regarde mes compères, tout le monde est d'accord : il est temps de partir. Je lève la main pour obtenir l'addition. Mais bien que notre table soit située en plein milieu du bar, il nous faudra attendre 10 minutes avant qu'une serveuse daigne répondre à notre appel, venant vers nous en baillant et en ajustant sa braguette (elle sortait des toilettes). Je lui demande :
" - Il y a des groupes live qui viennent ici ?
- Non Mister"

On redescend l'escalier, où la serveuse du début a été rejointe par une collègue, avachie sur le bar. Je demande : " - Donc demain, il y a bien un groupe live ?
- Oui Mister"

Le mystère reste entier.

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Lieu : Jalan Pelatehan, Blok M (à côté du D's)

Class : Low

Nakal : Très certainement

Originalité : Le Highway to Elle est une bonne illustration de Jakarta : Des fois on croit avoir tout vu, mais en fait non.

Note : 7 / 10 (catégorie "Mérite un coup d'oeil")

Saturday, October 2, 2010

Crazy Night in Surabaya

Devant les innombrables e-mails de provinciaux se plaignant du Jakarto-centrisme de nos investigations culturelles nocturnes, j'ai décidé de plier a la vox populi, et tel vishnu me suis envole sur mon garuda en quête de sensations made in daerah…direction Surabaya.

A Surabaya, on dit Suroboyo…en fait a Java, on a tendance à remplacer les « a » par des « o », comme dans le Nord Pas de Calais… Le rayonnement de la culture chti n'a semble t'il pas de limites…enfin bref, trêve d'apartés linguistiques et de fantaisies sémantiques, Surabaya c'est la troisième ville du pays après Jakarta et Dunkerque, centre économique de Java Est, avec une importante communauté chinoise. Qui dit chinois, dit club 36, Sun City, Alexis, etc.

Donc, vendredi soir, sur les conseils de Mr. X, direction la Tratoria pour commencer la soirée : la Tratoria a ferme…c'est le début de la fin pour Surabaya…Je demande a un gars de l'hôtel un endroit sympa pour manger et boire une verre, en lui disant que si c'est chinois, je prefere…il me recommande le Tri Star, en me le présentant comme le top du top de la crème brulee, un peu cher mais bagus…sur la façade : restaurant, bar, discothèque, karaoké…ca sent le Sun City…a l'intérieur, l'ambiance est tout autre. La salle est énorme, je compte soixante tables pour 9 personnes, plus un balcon, plongeant sur une scène de 20 mètre de long, avec une fausse façade victorienne en décors. L'endroit est étrange. Vendredi soir, 21h, on est deux… c'est la folie des grandeurs a l'indonésienne, ca me rappelle la piste de danse surdimensionnée de l'iguana, en encore plus exagéré. La salle est taillée pour un concert de Johnny - ou plutôt son mariage, car elle est décorée comme la salle des fêtes de Montluçon, avec la déception de voir Laurent Gerra à la place de Johnny.

Et le groupe alors ? Le groupe est entasse sur 3 m2 a l'extrémité gauche de la scène, pendant que le chanteur se sent seul, au milieu de la scène, a 10m de ses musiciens. Il est content de nous voir et demande une song request. Je demande Kucing Garon, il chante Bon Jovi, bon tant pis…puis il annonce la Bintang Emas (la golden star) du Tri Star…je pense que c'est sa mère, en chemise a paillettes et pantalon jaune, en effet elle brille de mille feux…notre présence semble également la ravir, elle essaie de communiquer, mais l'étincelle ne prend pas avec le public…elle se lance alors a corps perdu dans une performance scénique développée au fil d'une carrière que l'on devine longue, dure, et pleine de coups durs et de désillusions…ca ressemble a Georges Moustaki qui danse le Mia, avec quelques petits solos d'air-batterie intempestifs… « une song request ? » me demande t'elle avec un grand sourire…Oh oui, oh oui, chantes moi Enter Sandman de Metallica… Elle sourit comme un chauffeur de taxi qui dit « oui, je sais ou c'est », mais qui n'en a aucune idée…et elle chante une chanson en Japonais…tiens, on s'ennuie un peu…Je commence a me dire que vu la fréquentation de l'endroit, le poisson et les grenouilles qu'on nous a servis sont peut être aussi vieux que la Bintang Emas, je me sens pas très bien, mes amygdales tirent la sonnette d'alarme, il faut rentrer au plus vite…mon escapade se solde par un cuisant échec…mais n'abdique pas, Suroboyo, I'll be bock.



Sunday, September 26, 2010

Le Stadium : Une cathédrale sous les tropiques

Exact, vous avez déjà eu droit à une revue du Stadium. Alors pourquoi ENCORE une revue sur ce lieu de débauche ? Parce que c’est un lieu de légende (jusqu’à quand ?), une cathédrale satanique. Ne vous inquiétez pas, vous ne risquez pas d’avoir deux revues sur le Rétro, le red square ou le Bats…

Le Stadium se vit à plusieurs niveaux, en plusieurs étapes. Chacune de ces étapes vous prend aux tripes. Vos tripes s’agitent quand vous approchez du lieu par la Jalan Gajah Mada. Longue avenue qui démarre à l’emplacement de l’attraction touristique concurrente : le Monas, symbole phallique du pouvoir de Suharto (tiens, tiens…). Vos tripes encaissent quand vous distillez un peu de poison dans votre corps, sous des formes solides, liquides ou gazeuses. Puis elles se décomposent après quelques heures, quelques jours. Parce que des litres d’aqua stadium (eau minérale labellisée…) ont prolongé vos déhanchements, vos errements, vos frayeurs, vos extases jusqu’au bout de vos forces psychiques et physiques. Vos tripes agonisent, lorsque vous traînez votre corps épuisé à la lumière blafarde d’un triste après-midi couvert et lourd de Jakarta. Tristes tropiques... Elles seront finalement régénérées au cours de ce long sommeil salvateur qui suivra cet énième marathon dans le quartier de Kota.

Il est deux heures. La nuit. Après avoir passé en boucle l’album Lifelike, de Jeff Mills, en sirotant quelques vodkas kratindaeng (red bull indonésien), vous sortez. Vous glissez sur l’asphalte, couché sur votre inépuisable moto bebek Ksatria, avachi sur la banquette arrière du classique taxi Blue Bird, sirotant une bintang au volant de votre chère Daihatsu Feroza, ou encore échangeant quelques mots avec les pétasses conduisant la belle Mercedes du mari parti en mission… Mais qu’importe le garuda que vous chevauchez, vous êtes en route. Vous savez la direction. Ca tourne un peu, au départ, dans les gangs (petites ruelles qui composent les « villages » au cœur de la ville). Puis c’est tout droit, les longues avenues désertes qui traversent cette ville de malheur.

Quelques idées, rares, vous traversent l’esprit. On vous avait proposé un petit week-end pour monter au sommet du Gunung Halimun. Et voir les derniers singes gibbons de Java. Partir s’aérer à la campagne. C’est dommage, parce que là, ça ne fait pas être tout à fait pareil. Vous le savez, mais vous ne pouvez rien faire contre. Vous devriez partir vous aérer, mais vous êtes lancé. Vous ébauchez un sourire et votre pote de Paris, venu vous rendre visite en Indo, se méprend sur sa signification. Il y voit le plaisir de faire une petite virée festive en club. Quelle erreur…

« C’est quoi ces stands au bord de la route ? Ils se répètent à l’infini, et …. y a pas un putain de client ! ». Il avait déjà dit ça 15 minutes auparavant, au moment de passer devant les warungs de bubur betawi à Blora, toujours vides (avis aux connaisseurs !). De petites unités de blanchiment d’argent, je ne vois pas d’autre explication qui tienne la route. Mais ces stands sur l’avenue Gagah Mada, c’est autre chose. Des vendeurs de viagra. De préservatifs. De films X, etc. On est à Kota, on est pas là pour plaisanter. Faut des munitions pour se défendre. Crissements de pneu. « Kasih dong, yang surga, lima biji !». On repart. C’est là-bas, et il n’y a pas de temps à perdre.

Une ligne droite interminable longe le kali (canaux parcourant cette ville côtière), bouché par les détritus, un égout à ciel ouvert qui déborde tous les ans dans la ville. Une abomination. Pas franchement glamour, le pote de Paris commence à regretter le boulevard Poissonnière et les arrivées en fanfare au Rex Club… Puis on arrive au Putar (le demi-tour à l’indonésienne), encombrements… La cohue, les taxis et les 4x4 qui se montent dessus, pare-choc contre pare-choc, les vendeurs qui s’immiscent là-dedans pour vous fourguer des kretek (clopes au clou de girofle) ou des permen karet. Quelques éclairs dans l’obscurité.

Vous vous demandez toujours ce que serait le Stadium sans cet embouteillage inévitable, la nuit, qui vous permet de reprendre vos esprits avant de partir à l’assaut de la citadelle. Ce que serait le Stadium sans son sas de décompression… qui vous compresse les artères, qui vous accélère le pouls, qui vous laisse le temps d’admirer ce bâtiment pourri et entouré d’une foule de junkies de base, de prostituées de bas étage, de vendeurs de rue, de bule (les occidentaux) perdus ou blasés, de banci à l’œillade cavalière, de chinois endimanchés et encanaillés, de maquerelles infâmes, de flics ripoux, de mafieux de pacotille (pas toujours…), de dealers dans la dèche, de chauffeurs partis pour une longue nuit d’attente, d’adolescents courageux ou inconscients…

Puis vient le pont et le Seribu Satu, une des boîtes à poules de luxe venues des pays de l’est, ou de Mandchourie. Puis la ruelle minuscule sur la gauche. Ce sont des milliers de bagnoles qui passent par là, tous les week-end. Mais y a pas la place de passer à deux files, et non… Et pourtant, les passagers se font déposer à l’entrée du stadium, 20 mètres plus loin. Puis demi-tour laborieux après trois plombes de manœuvres, pour rebrousser chemin direction le parking (toujours blindé, au milieu de la nuit, sur 5 étages !). Aberrant ? Jakarta… Tu fais 20 mètres à pied ? T’existes pas !

Pause. On ne rentre pas « comme ça » au Stadium. On doit d’abord dire bonjour au couple qui tient le petit toko (échoppe) avant l’entrée. On doit saluer, et chercher son salut avant la chute. Vous ne devez pas faire attention au chinois qui est en train de se faire sortir par les videurs à bout de bras, inconscient, les jambes branlantes, les yeux blancs. Mourrant… on veut pas savoir, il doit crever à l’extérieur vous disent les videurs. Donc vous faites pas attention. Vous vous concentrez sur le couple du toko, gentil, réconfortant, et vous vous dites que vous c’est-pas-pareil-vous-savez-ce-que-vous-faites, vous contrôlez. Votre pote de Paris, lui, il voit rien à part les dizaines de cewek (minettes) en minijupes qui lui sont passé devant depuis que vous êtes sortis de la bagnole. Il faut dire que leurs regards brûlants n’arrangent rien à l’affaire… C’est pas grave, on est tous passés par là.

Donc vous commandez votre kraetingdeng, avec la bouteille d’aqua, le paquet de sempoerna mentol, les permen karet, et vous lâchez les (premières) cinquante mille roupies. Puis les deuxièmes cinquante mille roupies (votre demande de bénédiction) aux mendiantes qui vous harcèlent, toujours les mêmes… ça doit rapporter dans le coin, ça doit valoir cher comme place. Vaut mieux être superstitieux au stadium, faire dans le préventif, ça peut toujours servir. Vous avancez, et vous vous efforcez d’ignorer cet ange de malheur, cet indonésien sans âge, toujours là, des cernes de folie sous les yeux, le catalyseur des mauvaises ondes du stade. Il en a pris pour combien sur terre ? Cent ans, mille ans, l’éternité ? Jamais un sourire ne fut esquissé sur ce visage d’une laideur effrayante, diabolique, le mal… le reflet des mauvais côtés du stade… Mais que serait le stade sans ses mauvais côtés ?

Vous êtes dedans. Enfin presque. Vous traversez cette allée du rez-de-chaussée en évitant de lancer des regards sur les côtés. C’est là que sont attablés les premiers fatigués. C’est là que vous risqueriez de reconnaître de vieux habitués que vous ne voulez surtout pas voir. Leurs visages déformés, leurs rictus sous l’emprise des inek (ecstasys locales), vous ne voulez surtout pas les voir car ils sont ce que vous êtes. Et c’est pas joli-joli. Le pas accélère, vous approchez de l’ascenseur. Ce soir, pas de montée des quatre étages par l’escalier. Pas la patience. On n’est pas à Cannes non plus. Vous vous fendez donc de quelques pas chassés pour rentrer dans la cabine, vous faufiler au fond, en tapant du pied… les premiers sons et les basses vous parviennent au fur et à mesure de la montée, s’amplifient. Dodelinement de la tête, automatique. Regards en coin à la demoiselle aguichante en face de vous. Pour la forme.

Les portes s’ouvrent. On ouvre le bal ! Quoi, soixante-quinze milles roupies ? Ca doit faire si longtemps, les premières fois, c’était quinze mille roupies… Le temps, le temps… le tempo… le rythme… ces basses… cette voix… Cette deep house ténébreuse et excitante. Irrésistible. Le Stadium… y a rien à faire, vous savez qu’ils vous tiennent, que vous y retournerez, que vous y serez enchaîné, que vous chuterez, que vous y boirez votre déclin jusqu’à la lie, que vous y aurez des extases parfaites, que la rédemption y est possible, que le romantisme y côtoie la misère, que l’éternité y a un sens, que votre liberté y est totale, votre esclavage aussi, que vous êtes dans un no man’s land, que c’est la guerre, que les lois y sont proscrites, que vous êtes dans un supermarché de la drogue mais qu’à vingt pas vous pouvez vous faire pécho pour vingt ans… que vous croyez tout voir mais que vous ne savez rien, même pas si votre voisine s’appelle Peter, que vous ne voulez pas savoir de toutes façons, que vous êtes heureux… parce que vous n’êtes plus… Finalement, une seule chose manque ici, c’est la lutte des classes, inexistante… le bon côté du stadium.

Donc, vous avancez dans l’obscurité au milieu de ces sofas, passage obligé devant l’entrée, remplis de jeunes prostituées accompagnées de leurs maquerelles estampillées stadium. Elles vous connaissent, elles ne font même plus l’effort de vous proposer leurs services. Peine perdue. Perancis, maunya gratis ! Quelques mètres au-delà, vous vous faufilez entre les tables et vous tendez deux billets, pour un cachet et une aqua. Plus possible de faire machine arrière maintenant, vous en avez au moins pour 6 heures. Au moins. C’est le tarif. Pas le moment de finasser et regretter les derniers gibbons de Java au Gunung Halimun. Vu la faune que vous avez autour de vous, de toutes façons, ce serait difficile de regretter les hurlements des gibbons… Ici, les roucoulements sont de rigueur.

Dance floor ? Non… vraiment blindé, pas moyen. Vous fendez la foule, sur le côté droit, vous êtes bousculé et vous bousculez, mais vous en avez rien à foutre parce que vous êtes en route pour le paradis et que les obstacles sur cette route ne sont que des détails sans importance. Vous y êtes. Tout va bien. C’est pas Bénarès non plus, donc vous faites pas semblant de vous prendre pour un cadavre porté sur le bûcher… Votre cible, ces quelques 20 m2 devant le DJ, sur la scène surélevée, sous le dragon suspendu, symbole du Stadium. Ce petit espace, qui ne ressemble pas à grand-chose, mais sur lequel vous passerez quand même vos 48 heures d’affilée, hebdomadaires.

Pourquoi ? Parce que cette scène a beau ne ressembler à rien, vous êtes quand même au centre du monde puisque vous êtes au Stadium ! Et que cette scène, elle a une âme ! Que cette scène elle est à votre image. Que sur cette scène vous allez rencontrer des frenchies qui ont pris l’avion de Singapour pour y faire quelques pas pendant le week-end. Que vous allez rencontrer des selebriti qui auront fait la une du Jawa Post pour abus de substances illicites. Que vous allez y rencontrer des working girls en mal d’amour, trentenaires à succès mais prises en tenaille dans l’ennui de la ville. Que vous allez y croiser des catins de misère, qui se seront cotisées pour acheter un unique billet, dont le tampon sera reproduit immédiatement sur la main des copines pour rentrer gratos. Que vous allez y rencontrer les habitués du week-end que vous voyez toujours, et que vous ne connaîtrez jamais. Que vous allez trinquer avec vos potes de Jakarta, qui auront suivi le même rituel hebdomadaire. Que vous risquez de tomber sur ces gars de la mafia des Moluques, qui voudront vous faire la peau, mais que le jeu en vaut la chandelle. Que vous avez toutes les chances de voir des têtes de dragon, reproduites à l’infini sur le dance floor, au cours d’une hallucination. Qu’il est possible que votre copine débarque en tongues, à 8 heures du matin, pour vous sommer de rentrer à la maison. Bref, que dans dix heures, vous ne saurez plus où vous êtes, et qu’il n’y aura plus moyen de ressortir de là.

Montée aux cieux. Brutalement, comme agrippé de toutes parts, on est entraîné en pays inconnu. Il n'y a pas de passerelle, il faut sauter et se jeter. Toute résistance est dangereuse, il faut au contraire être passif pour se laisser emporter sans encombre dans l’autre monde, artificiel. Détendu, mais les muscles bandés. Le cerveau en alerte. Les sensations décuplées. La confiance est une condition absolument nécessaire. Navigation à l'aveugle, sur coussins d'air, sans retenue. Les coups de butoir de ces basses et de ces voix à la fois enchanteresses et inquiétantes, comme en surimpression. Les répétitions des mélodies et des rythmes sont les battements du cœur de cet être hybride et en équilibre instable qui se laisse ballotter d'un pied sur l'autre.



Quand sait-on qu’on est dans un état d’addiction grave au Stadium ? Quand on vit une scène de ce type un dimanche matin : « Ouah, il y a des masses de monde qui s’agitent là. Trop bon ce petit rythme. Au fait, il est quelle heure Gonzalve ? Attends, je mate. Il est 10h du mat’ je crois. 10h, c’est tout ? Trop cool… il est encore tôt, on va pouvoir repartir sur une petite série alors ? » Au Stadium, à un certain point, les repères changent. Le Stadium on n’y va pas pour quelques heures. On y va pour s’extraire de la réalité. Alors pourquoi y serait-on encore lié par les contingences de la vie ? Les heures n’importent pas. Personne n’est pressé, personne ne compte, mais tout le monde est là. N’est-ce pas le paradis ? Seule la résistance psychique compte, car les remèdes ne manquent pas pour la résistance physique.

D’autres symptômes peuvent apparaître. Quand on échange les habituelles lunettes de soleil (la moitié des gens portent des lunettes de soleil au stadium !) pour une paire de lunettes de natation. Et qu’on se met à crawler dans la foule. Avec les acclamations… ou bien simplement les voix de la deep house qui vous accompagnent. Ou qu’on enfile les lunettes de natation dans la matinée, avant d’entamer une danse macabre, le « chicken fight », avec son compagnon de débauche. Acrobaties diverses, passements de jambe, simulacre de pencak silat, tressaillements continus, etc. Surtout quand cela se termine par un saut de l’ange à partir de la scène et en direction du dance floor deux mètres plus bas. Un autre symptôme peut être d’aller danser le samedi aux aurores, à la sortie d’un hôpital et d’un dérapage incontrôlé de moto, les mains bandées et le corps déjà saturé d’antibiotiques… Les symptômes sont nombreux, intimes, en établir la liste prendrait beaucoup de temps…

Difficile de communiquer cette drôle d’ambiance aux non initiés. Ou à ceux qui y sont passés en coup de vent. Mais tous ceux qui ont vécu l’expérience Stadium la gardent au cœur, la gardent aux tripes, et ne sont pas près de l’oublier. C’est sans doute à eux que s’adresse cette revue. A mes frères. Le Stadium est en dehors du temps. On s’éloigne, ou on tombe. Le tampon qu’on vous fout sur le dos de la main à l’entrée n’est que la reproduction maladroite et superficielle du tampon qu’on vous imprime à l’âme. Ce tampon est indélébile, et ne partira pas. Le Stadium c’est une cathédrale, c’est la cathédrale de la faiblesse, de l’extase, et de l’addiction. Bonne chance à vous.

R.

Tuesday, July 6, 2010

Surabaya Pour Les Bule (Surabaya Nightlife par JCS)

NB: Voici le compte rendu d’un week-end à Surabaya par JCS, un ami de Jakartateam !

"Bon c’est pas Jakarta mais sérieusement en y allant a 3-4 mecs et une bonne team y a moyen de passer un bon week-end!!

J'étais dans un hôtel de passe (5 min du Mall Hotel Kenanga Jl Embok Kenongo 16-20usd la nuit) ou y avait des tatas qui circulaient toutes les 5 min plus il te proposait des massages nocturnes chaud a $10 lol les meufs sont plutôt grosses on a tenter un mais elle massait bien. Honnêtement entre mecs ou quoi faut quand même se prendre un bon hôtel là-bas y a tous les plus grands et c'est plus cool pour ramener!

Le shopping Mall Tunjungan Plaza est juste complètement ouf, y'a tout c'est géant et rempli de meufs, les serveuses sont trop cools trop mignonnes, c'est blindé d'indo-chinoise comme a Jakarta, trop bien sapé, et y'a toutes les chaines de bouffe (Sushi Tei, chinese restaurant, etc.) - donc clairement pour manger aucun soucy en allant la bas c'est d’la balle!

Premier soir j'ai essayé 3 clubs:
-le Top Ten (dans le plus gros shopping mall Tunjungan Plaza) - on est arrivé a 23h c'était vide, on est revenu a 2h30 du mat c’était devenu la décadence, des mecs étendu à l'entrée sous drogue, et dedans la boite la plus "SINGE" que j'ai jamais vu de ma vie, tous les chauffeurs de taxi en mode à se tenir pour pas tomber tellement ils sont fonsdés, les meufs défoncée, c’était vraiment vraiment sale lol la VRAI boite du peuple en mode Techno Kota tous a trembler comme des asticots, décor noir sombre marron clair, avec au top 5 danseuses indo ULTRA bonne qui dansaient comme des tatas, bref vraiment un truc a en faire peur a plus d'un quoi lol

-le Kowloon: j'ai jamais vu une boite aussi grande de ma vie, la salle principale on dirait un truc pour faire une lime light, genre faudrait 2000 personnes pour remplir le dance floor, Techno Kota a mort tu t'entends pas parler fais trop noir tu vois personne et c’est rempli de tata lol

-le Penthouse: boite ultra nice ultra chic on avait une dj indo top model eurasienne top bonne fine queue de cheval qui mixait de l'electro vraiment péchu! Le club a un design ultime des belles tables et un écran gigantesque pour mâter le match Ghana-Uruguay. Les meufs c'était des top pire que Dragonfly mais alors laisse tomber toutes maquées avec des indos vieux moches mafieux, on est tolérés mais un conseil faut pas chourrer la bas.
Des mecs nous ont offert des verres a une table bref les gens vraiment cool!

Le samedi j’ai été au Delta, très bonne facilités (plus petit mais + neuf qu’à Jakarta), et j'ai eu un MASSAGE DE OUFFFF!!! La petite April de ces 20 ans n'a pas résisté et ca a finit en séance chopage de bouche tripotage lol (deux fois que ca m’arrive au Delta lol). Le massage "précis" est plus long et elles emploient des techniques que je qualifierai d'interdite, "en dessous de la ceinture" :)

Le samedi soir je suis allez mâter le match de foot Argentine-Allemagne au Palladium une boite en dessous du blow fist, les 2 étaient très classes et y'avait masse d’indo-chinoises et d’indos super bien gaulées et sapées en salopche!!! Bref ya du potentiel quoi!

Niveau boite les best c'était le Red kkchose (il a brulé il y a 2 semaines en faisant des morts :/), le Desperado (electro), le Meteor, le Delux et le Foreplay (recommandation d'une locale qui fait bcp la fete)

La ville est vraiment vraiment pas bandante (un Jakarta sans jolie CDB), faut faire gaffe la nuit dans les rues ca semble pas la fête (bien prendre les Blue Bird), les boites techno kota sont vraiment trash comparées au Stadium ou Milles, mais niveau nana c'est du bon niveau Jakarta voir mieux, avec en plus le bonus qu’elles ne voient jamais de blancs (les Backpackers ne veulent même pas y passer une journée et personne ne sort en boite là-bas il y a trop peu d expat).
Donc les bule c'est plutôt défigurage "sensuallll" du matin au soir n’importe ou ds la ville! Le shopping mall est cool pour chiller, ils ont un ciné géant aussi.

J aurai bien voulu enchainer plus le samedi mais j’étais mort-vivant, et en plus l’Argentine s’est faite défoncée, j’étais solo, sans tise...bref j'ai drop trop tôt mais c'est pas grave ptet une autre fois!

Mon plus gros regret ca sera de ne pas etre aller a "Dolly" plus gros quartier de tata de toute l Indonésie, même les nanas a Jakarta en ont entendu parler, des copines musulmanes en voile y vont même pour voir les vitrines aquarium pour le délire, c est le red light district de l’Indo.
Les mecs nous ont dit qu’il y a des Japonaises, Chinoises, et que certains truc pour 10$ t’as une heure...par contre c’est assez trash donc tout seul je me suis pas aventuré.. .regret lol"

Thursday, December 24, 2009

Little Tokyo (par SZ)

Un jour, je me baladais du côté du mall Blok M, pour essayer de trouver un t-shirt "I (love) JKT". Après avoir écumé 10 échoppes qui ne proposaient ce vêtement qu'en taille XS, je sors du pasar étouffant et je me promène dans les ruelles environnantes. Des restos, bars, karaokés, salons de massage. Tous ces établissements possèdent des enseignes en japonais. Des inscriptions énormes, des néons... La traduction en anglais ou en indonésien n'est pas systématique : Intriguant.



Je me renseigne plus en détails sur le lieu dans lequel je m'étais baladé. Il s'agit de "Little Tokyo" : Un quartier qui concentre l'ensemble de la débauche japonaise de Jakarta.


On organise une exploration nocturne de ce quartier. "Je ne comprends même pas pourquoi on n'a jamais eu l'idée d'y aller plus tôt" confia Mr.Pn.


Tout commence bien, par un resto. On commande de la bière japonaise, on fait des photos avec les serveuses, on essaye de faire un choix sur une carte dont on ne comprend rien car les menus sont écrits en japonais. On rigole bien !



Ensuite commencent les choses sérieuses. On cherche un bar pour laisser notre corps imbibé s'exprimer. On tente un premier endroit. En haut d'un escalier, la déception est grande : c'est le hall d'entrée d'un karaoké. On est hélas loin de l'ambiance kitsch et marrante du Syuri : La musique hurle, il n'y a pas de micro pour chanter, et des hôtesses viennent nous harceler pour qu'on prenne une salle. C'est barbant. Mais la troupe ne se décourage pas, emmenée par un FV plus motivé que jamais : "On n'a qu'à essayer un autre endroit !".


Ah merde, celui-là c'est un salon de massage. Ah, et celui-ci c'est encore un karaoké glauque. Zut, c'est pas de chance.


Notre choix s'arrête finalement sur un autre karaoké : le Yujiro.


Welcome !


Cet endroit n'est pas beaucoup plus reluisant que les autres, mais au moins ici on peut prendre une bière au bar et chanter librement les grands classiques asiatiques sans subir de pression de la part du personnel.




D'ailleurs, on se rend vite compte qu'on a par chance atterri dans un établissement de premier choix : Sur le mur est fièrement affiché un "sertifikat", garantissant que toutes les hôtesses du lieu ne sont pas porteuses du virus du sida. On ne comprend pas bien, elles sont juste sensées chanter les hôtesses non ? Le sida se transmet par le chant ?



Bref. On chante "Ada apa denganmu" et 2 ou 3 trucs, on finit les pitchers en cours, et puis FV reprend les devants : "Bon maintenant ça suffit ! On va tous au Red Square, là-bas au moins on sait que la soirée sera réussie !". Nota : le red square était vide. FV y tirait sa tête des grands jours en buvant sa Bintang (il n'est pas monté danser sur la table).

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Little Tokyo : Blok M, les ruelles en face du mall Blok M Plaza.
Class : Low class.
Originalité : Pas un seul bar classique dans le tas.
Nakal : Oui.
Note : 2 / 10.

Wednesday, May 27, 2009

L'Oscar (Nouvelle Formule)

Il y a un an jour pour jour, nous décernions l’Oscar du meilleur Bar de Blok M à l’Oscar Pub, pour l’ensemble de son oeuvre, son héroïsme militant et résistant face a la nakalite environnante. Présent depuis le début des années 80, ce Pub était en effet le dernier attribut de la scène Rock jakartanaise, qui fit les beaux jours de la nuit a Blok M il y a une vingtaine d’années.

Ayant appris qu’il avait été rénové depuis plusieurs mois déjà, c’est plein de curiosité, mais aussi avouons le un peu d’appréhension que je suis parti tester l’Oscar « nouveau concept » samedi dernier.

Et c’est avec le cœur gros et une larme de nostalgie au coin l’œil que je me dois de rendre ce verdict Nietzscheen: L’Oscar est mort, emportant avec lui l’esprit qu’il incarnait…Elvis Wijaya ne s’y est pas trompe et a déserté lieux, personne ne l’a vu depuis des semaines…Un monument de Jakarta nous a quitte, dans l’oubli général, sans même un dernier hommage…

De l’Oscar Pub, cet endroit insipide et sans personnalité n’en a plus que le nom…en fait le nouveau concept hésite entre deux mondes complètement inconciliables: le Blok M des années 80, et le Blok M version My Bar

Sur les murs, des posters des Rolling Stones, Jimmy Hendrix, Tina Turner, Joe Dassin, etc…et au milieu de la salle, un énorme podium avec des barres en acier comme dans le métro ou dans les bars ou des dames vêtues de ficelle font des acrobaties…je suis perplexe…pour l’instant il y a un groupe d’adolescents Indonésiens qui interprètent des classiques du rock a leur manière, avec leur vocabulaire…ils ont du apprendre l’Anglais avec Tukul…je me dis qu’Enter Sandman est probablement, avec Hotel California, l’une des chansons les plus communément massacrées dans les bars live et karaoke d’Asie (les chansons de Bon Jovi, ca compte pas)…

Le groupe prend son break, un DJ prend maladroitement le relais…ça me rappelle le V2… je suis doublement intrigué et inquiet… va-t-on voir arrivage de filles du Club 36 déferler et se ruer sur ce gigantesque podium ?

Mon voisin de table vient ici tous les week-ends depuis le début des années 80, il ne cesse de répéter que la nouvelle version de l’Oscar, il aime pas, la musique lui fait mal a la tête…mais ça fait 25 ans qu’il vient et il sait pas ou aller… il me dit : « de toute façon, c’est n’importe quoi… regardes, le patron a fait installer un podium a strip-tease mais il veut pas payer de danseuses »… c’est exactement ça, le Nouvel Oscar c’est la voie du milieu, un demi chamboulement radical; les murs d’un bar Rock, mais on ne se donne pas les moyens d’avoir un vrai groupe…un podium a strip tease, mais on ne se donne pas les moyens d’y mettre des danseuses…

Ca y est, je m’ennuie, assis la a regarder les photos sur les murs en me faisant agresser par de la mauvaise house musique…c’est vrai que la musique fait mal a la tête…mon regard désabusé se bloque finalement sur le podium, immense et vide…jusqu'à qu’une vieille pute de 45 balais ne monte finalement gesticuler de façon complètement désarticulée autour du poteau…mon voisin me dit : « la pauvre, ça fait 20 piges que je viens ici, et elle est toujours la… ». Dans l’ancien Oscar, c’était pas choquant de la voir…ici, c’est très dur…

C’en est trop, le bar ne mérite plus son Oscar du meilleur bar middle-low class de Jakarta, je subtilise la statuette et file la poser au dessus de la machine a fléchette du Dyna Pub, une valeur sure, une taverne chaleureuse qui n’est pas prête de nous décevoir…un peu de stabilité et de constance dans cette ville de fous, ça fait du bien…Si dans un an le Dyna Pub mérite encore cet hommage, c’est décidé, je lui remet la récompense suprême, un CD original de "Pepito mi corazone"…

Monday, November 17, 2008

Le jaipongan de Jatinegara: exode fantasmagorique en pays Sunda

Le Stadium est un accomplissement… qui n’intervient qu’après un long processus d’apprentissage de la nuit à Jakarta. L’appréhender d’emblée, sans histoire, sans passé, lui ôterait une bonne partie de sa valeur. Il n’est pas a-historique. Il n’est que le prolongement de l’histoire pervertie de la mégalopole. Et avant, il y a … le Jaipongan de Jatinegara !

Il est des lieux perdus, pourris, isolés, crades, qui sont régulièrement décrits et commentés dans ce blog. A juste titre. Ils sont la colonne vertébrale de la ville. Sa soupape de sécurité. L’envers de la politesse récurrente des Jakartanais (comparé à Douala…). Une des facettes de son économie souterraine. Ils sont le moyen de devenir amok sans mettre le feu à son voisin (quoique…). De se rebeller contre un mariage arrangé. De créer de la valeur au foncier 24 heures sur 24 (il arrive aussi que les garages de voiture se transforment en restaurants la nuit après la fermeture pour rentabiliser, à Bogor par exemple !).

Certains de ces lieux sont connus parmi les initiés. Certains s’affichent. D’autres se vendent, vulgaires, en appliquant les recettes bien connues : bières chaudes, techno inepte, déshabillés invisibles, lumières tamisées, hôtesses clonées, etc. Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est un lieu résistant qui reflète les traditions indonésiennes dans la capitale urbaine, pauvre, riche et dévoyée, obsédée, souvent ridicule. C’est la manifestation nocturne de la culture austronésienne, militante, en-dehors du dangdut emprunté aux indiens et mis à toutes les sauces : cérémonies, mariages, sunatan, évènements sportifs, télévision, etc.

A l’arrière d’un ojek (moto-taxi), vous naviguez entre les bemo et les Kijang, les terminaux de bus des alentours de Kampung Melayu, et vous vous rendez à la station de train de Jatinegara. Pourquoi ? Parce qu’un ami indonésien vous a dit que se déroulait ce soir la fête du jaipongan, un truc à ne pas rater puisque l’on s’intéresse sur ce blog aux manifestations culturelles locales (ben oui). Mais c’est où ce truc ? On est au milieu de nulle part là ! Mais si, tu vois le parc là-bas ? Et ces échoppes sur la droite où des gosses se dandinent sur de la musique… dangdut ? Tu tournes à gauche juste avant, et tu traverses la voie ferrée. Regarde quand même un peu des deux côtés, les barrières ne marchent pas à tous les coups ! Et après ? Après, tu prends la ruelle à droite (y a pas de lumière c’est pas grave, ce ne sont que des dépôts d’armes « illégaux »), et tu continues, doucement…

Et là ? Là, vous voyez ce qui va vous obséder des mois durant. Vous voyez une scène de spectacle, puis une deuxième scène de spectacle. Colorées. Agitées. Bruyantes et saturées. Surélevées, avec bien sûr le petit tissu de batik par en-dessous. Pour faire classe. Et dessus ? Dessus, des danseuses engoncées dans leurs habits traditionnels, des kebaya bien serrés, des roses, des jaunes, des bleus… fardées à l’extrême, avec des coiffures incroyables sur la tête, des chignons hallucinants. Et des musiciens, des joueurs de gamelan, de suling, d’angklung, de gong… Et la mama-ibu de tout ce petit monde, entre deux âges, assise au bord de la scène, surveillant ses élèves… et ses clients, tançant les habitués pas assez prompts à balancer des pourboires dans le corset des chastes danseuses.


Il faut vous attabler, vous poser sur ce petit banc de bois à quelques mètres où vous attend un moustachu (ben oui, il est indonésien), commander « bintang satu ! », ne pas faire attention aux détritus tout autour, à l’odeur nauséabonde. De toutes façons vous êtes en sécurité puisque vous êtes sous le pont qui soutient… l’autoroute ! En fait non, vous êtes en pays Sunda (Ouest de Java) et vous n’allez pas en partir de sitôt. Vous en avez pris pour un bail en fait. Vous vous en doutez un peu parce que vous ne pouvez détacher vos yeux de ces sinden (danseuses), aux formes parfois rebondies, parfois très jeunes. Mais surtout maquillées jusqu’à l’impossible après des heures de préparation.

Des heures de préparation pour… quelques gars déguenillés en savates, élégants et l’air de n’en avoir rien à foutre, un sourire béat au coin des lèvres, esquissant quelques passes de pencak silat, l’art martial local qui paraît bien peu martial dans ce contexte évasif ! Si leurs jambes traînent à l’abandon et s’adonnent librement à quelques enlevés-jetés assez mous, en revanche leurs bras sont vite saisis au passage par la chanteuse accroupie au bord de la scène. Normal, puisque quelques billets de mille roupies dépassent de leurs poings serrés. En revanche la main innocente, une fois agrippée, ne lâche pas prise aussi vite et l’on assiste ainsi à des « poignées de main » interminables pouvant durer plus de temps qu’il n’en faut pour vider sa bouteille de bintang ! La poignée de main n’est perdue pour personne d’ailleurs, car la chanteuse a vite fait de repérer au passage la prochaine victime (bien consentante).

C’est enchanté que l’on assiste à ce ballet hors du temps, en suspension, irréel et pourtant bien ancré dans cette misère des bas-fonds de Jakarta. D’où vient que ce décor sale paraît si accueillant et confortable, que les voyous patibulaires des alentours semblent ici inoffensifs, que les bières chaudes ont un goût d’ambroisie, que la circulation de l’autoroute si proche devient silencieuse, que la petite scène se transforme en tremplin aux artistes, que les ivrognes titubants ont l’air de petits Bruce Lee d’opérette ? Ce n’est que la magie du jaipongan qui opère discrètement pour vous ouvrir les portes d’un monde d’harmonie parfaite. Cette magie s’exerçant grâce à la volonté du petit peuple de s’évader et de quitter la dureté quotidienne d’un sort malheureux. Cette magie créée aussi par les artifices des dukuns qui truffent littéralement de diamants les lèvres des sinden pour leur offrir une séduction irréelle, leurs yeux pour leur donner un regard langoureux, leurs jambes et leurs bras pour leur impulser des gestes admirables de grâce, leurs poitrines pour les rendre attirantes et sensuelles. Pauvres créatures, ces sinden, qui devront recourir aux services de ces mêmes dukuns pour leur enlever ces diamants une fois leur carrière accomplie. Sinon, elles risquent plus terrible que la mort, l’absence même de mort et l’agonie éternelle. Une sinden dont le dukun attitré n’aura pas retiré ses diamants magiques sera en effet incapable de trépasser et devra errer indéfiniment entre la vie et la mort…

Il est tard, le spectacle se termine et les sinden se retirent emmenées par leurs becaks vers quelque destination inconnue. Il vous faudra vous plonger dans l’extase de ce spectacle inimitable, jusqu’à la fin, pour savoir le lieu de leur retraite et espérer, peut-être, échanger quelques mots doux et des caresses inespérées, hors d’atteinte… à moins que vous ne décidiez de remonter sur votre ksatria pour vous diriger vers le stadium, un tout autre univers…

Monday, June 23, 2008

Le V2

Le V2

Qu'est ce qui différencie le V2 des autres one-stop entertainment venues de Kota ?
A priori pas grand chose, au premier abord la deco fait penser a un mini Sun City.

Ce qui le rend unique, c'est son manque d'à-propos, son dédain pour la transition, qui lui donnent un cote 2e degré parfois drôle…souvent pathétique.

Le groupe - pas mauvais soit dit en passant - termine abruptement son premier set sur une langoureuse chanson d'amour…les musiciens descendent en vitesse. Un blanc, comme un soupçon d'inachevé dans l'air, la perplexité se lit sur les visages. La dessus, le DJ, appelons le DJ Vas-y tu Sors pour protéger l'anonymat du changeur de disque le plus mauvais d'Asie, enchaine sans transition aucune avec de la mauvaise house music…arrivent les danseuses, encore légèrement vêtues, qui commencent leur strip tease sur « bad boys, bad boys, what you gonna do », la chanson la moins propice au strip tease du monde…la, je sens comme une présence derrière moi. Je me retourne. Une énorme moustache me fait front. Elle appartient a un individu etrange vetu de noir, portant une enorme croix en pendentif, appelons le Panthere. Panthère, malgre ses airs mechant de Preman du Timor, c'est un brave gars…en tout cas il fait des efforts.

Comment tu t'appelles ? me demande Panthère.

Susanto, réponds-je.

Bagus, bagus!!! allez on se tape dans la main…

Ca y est, je crois qu'on s'est tout dit…je retourne a la table, un vieux chinois me propose de boire au goulot de sa bouteille de Chivas…non merci, j'aime pas le whisky…il insiste, « good, good, ayo minum, bagus »…non, j'aime toujours pas le whisky… et oui, le V2, c'est aussi des conversations flamboyantes, et des rencontres encore plus inoubliables que les transitions du DJ…ca fait environ 45 minutes que les danseuses sont sur scène, c'est long ce strip tease, on commence a s'ennuyer… dans ce genre de bar, il y a toujours des vieux gars, l'air patibulaire mais presque, assis tous seuls a une table, qui fument des kreteks en regardant dans le vide, jusqu'à ce qu'il leur prenne l'envie de boire de la tequila et de palper des nichons… c'est la que tout s'enchaine, les filles sont maintenant complètement nues – enfin presque, elles ont encore des chaussures, parce que c'est par les pieds qu'on attrape le masuk angin, elles descendent dans la salle, boire avec les clients et se faire tripoter, ca devient n'importe quoi…la chanteuse revient, monte sur scène pour le deuxième set, puis voit les filles remonter sur scène…elle redescend en courant. Personne ne lui a dit que ce n'était pas encore fini…

Des chinois nous invitent dans une salle karaoke qu'ils viennent d'ouvrir...on se met en route et on se rend compte que le V2, c'est immense…une grande partie de la superficie du V2 est occupée par des couloirs, le thème de la décoration, c'est les arbres. Il y a un grand salon ou plein de jeunes filles attendent le prince charmant…ou un vieux moustachu, c'est selon disponibilite. On arrive finalement dans la salle karaoke…la aussi c'est immense…il y a un salon, une salle de bain, et une chambre, avec un grand lit et des oreillers, au cas ou les chansons de Bon Jovi dégénèreraient en batailles de polochon… apparemment on peut tout commander : du jus de fruit multivitamine pour le petit dej a 6h du mat, aux cachets d'ecsta, accompagnatrices, etc…

En sortant, on passe devant un warung sur le parking et on y voit l'une des filles, en gabardine de Colombo, manger un bubur ayam toute seule, avec une tronche de cadavre, ca m'a coupe l'appétit (ca tombe j'ai lu par la suite dans le guide Michelin que leur Bubur Ayam etait aussi mauvais que leur DJ).Selon l'un des videurs, chaque fille est payée 1 million par soir…c'est le prix de l'indécence…

Restent deux étages inexplorés…avis aux aventuriers…